On ne tuera pas la une!

Les quatre protagonistes journalistes d’Anchorman amorcent une «révolution» dans le monde de l’information qui fera, entre autres, triompher l’opinion sur les faits.
Photo: Paramount Pictures Les quatre protagonistes journalistes d’Anchorman amorcent une «révolution» dans le monde de l’information qui fera, entre autres, triompher l’opinion sur les faits.

Les facéties de Will Ferrell sont d’intérêt inégal : parfois hilarant, parfois stupide, l’acteur empile les réussites (Talladega Nights, Blades of Glory) et les ratages (Land of the Lost, The Campaign). Anchorman – The Legend of Ron Burgundy (2004), d’Adam McKay, figure dans la seconde catégorie, mais ce n’est pas l’avis de tous, car plusieurs espéraient une suite qui a pris une décennie à se concrétiser.

 

Beaucoup de choses se transforment en dix ans, et ceux qui ont vécu le passage des années 1970 aux années 1980 s’en souviennent, car il fut radical, coloré, voire tragique. D’autres aspects semblent immuables, dont les mentalités dignes de l’âge de pierre : c’est à cette enseigne que logent le présentateur de nouvelles Ron Burgundy (Ferrell, sur la même note lourdaude) et ses acolytes journalistes, faisant honte à une profession qui n’a pourtant pas besoin d’eux pour avoir mauvaise presse.

 

Le premier épisode étalait la stupidité d’une bande de machos écervelés, incapables de voir venir la montée en force des femmes dans leur profession et étalant leur ignorance avec un sans-gêne flamboyant. Leur terrain de jeu se limitait alors à San Diego mais, par de multiples détours narratifs dans cette suite qui ne manque pas de longueurs, ce quatuor débarque à New York avec fracas.

 

Ron semblait près d’atteindre les sommets, car il travaillait déjà aux côtés de sa conjointe Veronica (Christine Applegate, efficace), une vraie pro, avant de connaître une chute spectaculaire, réduit au chômage, devenu un paria. Il reviendra par la porte d’en arrière, celle de la toute première chaîne d’information continue, un clone à peine retouché du CNN des débuts, ceux d’avant la guerre du Golfe de 1990. Avec Brick (Steve Carell dans un rôle plus étoffé), Brian (Paul Rudd, ne reculant jamais devant le ridicule) et Champ (David Koechner, le maillon faible du groupe), à peine moins dysfonctionnels qu’autrefois, Ron amorce une « révolution » dont nous connaissons aujourd’hui les fruits : la dictature du « human interest », le triomphe de l’opinion sur les faits, la futilité du direct même, et surtout, lorsqu’il ne se passe rien.

 

Cette macédoine de références, au quatrième pouvoir et à la culture populaire de ce temps empoisonné par le fixatif, est ponctuée de blagues d’efficacité variable. Certaines sont poussées à outrance, comme pour masquer vides et temps morts, d’autres font mouche, comme lors de ce dîner dans une famille afro-américaine (oreilles politiquement correctes s’abstenir). L’encombrement est d’ailleurs tel qu’Adam McKay semble chercher une finale pertinente, préférant les accumuler. Nous aurons ainsi droit à une bataille épique dans un parc de New York, lourde métaphore du combat télévisuel à venir, prétexte à aligner des vedettes (Jim Carrey, Marion Cotillard, Tina Fey, John C. Reilly, etc.) venues prêter main-forte à Ferrell dans sa quête de succès.

 

Anchorman 2 prolonge la légende, certes, mais la revisite avec plus de tapage, celui de la vulgarité bien assumée et l’outrance rutilante. Faut-il pour autant tuer la une ?



 

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