La vedette du classique Rebecca n'est plus

Cette photo, tirée de Rebecca, où l’on voit une Joan Fontaine terrifiée par l’inquiétante gouvernante campée par Judith Anderson est entrée dans les annales du cinéma.
Photo: Selznick International Pictures / United Artists Cette photo, tirée de Rebecca, où l’on voit une Joan Fontaine terrifiée par l’inquiétante gouvernante campée par Judith Anderson est entrée dans les annales du cinéma.
L’actrice britannique Joan Fontaine, l’une des premières égéries d’Alfred Hitchcock, s’est éteinte dimanche soir à l’âge vénérable de 96 ans. Rendue célèbre par ce dernier grâce au chef-d’oeuvre Rebecca, elle reçut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice pour ce film avant de remporter la précieuse statuette pour Soupçons, réalisé lui aussi par le maître du suspense.

Née le 22 octobre 1917 au Japon où son père enseignait à l’université impériale de Tokyo, Joan de Beauvoir de Havilland émigra aux États-Unis avec sa mère et sa soeur aînée Olivia à la suite d’un divorce acrimonieux (son père aimait les geishas, ce que sa mère réprouvait). Les deux soeurs, à l’instar de leur mère avant elles, optèrent pour une carrière sur les planches, puis au cinéma.

Remarquée en 1939 par David O. Selznick, producteur tout-puissant, Pygmalion, Joan Fontaine (d’après le nom de scène de sa mère) obtint le premier rôle dans Rebecca, adaptation du roman de Daphné Du Maurier sur les malheurs d’une jeune femme qui soupçonne son époux d’être toujours épris de sa première femme décédée. L’image d’une Joan Fontaine terrifiée par l’inquiétante gouvernante campée par Judith Anderson est entrée dans les annales du septième art.

Ironiquement, Joan Fontaine vécut pendant le tournage un cauchemar semblable à celui de son personnage. De fait, son partenaire Laurence Olivier avait plutôt insisté pour donner la réplique à sa femme, Vivien Leigh, aussi s’appliqua-t-il à pourrir l’existence de sa partenaire. Après avoir manifesté certaines réserves, le réalisateur Alfred Hitchcock convint pour sa part du talent de sa vedette, qu’il sollicita pour son projet suivant, Soupçons, l’histoire d’une épouse qui suspecte son mari de vouloir la tuer. Joan Fontaine remporta l’Oscar de la meilleure actrice à l’issue de cette deuxième collaboration.

En 1944, elle fut une Jane Eyre mémorable face à Orson Welles. En 1948 vint un autre rôle marquant, celui de la voisine transie d’amour d’un pianiste égocentrique dans Lettre d’une inconnue, de Max Ophüls. Au cours des années 1950-1960, elle se consacra surtout au théâtre et sa filmographie ne se bonifia guère.

Vie publique, vie privée

Tumultueuse, sa vie privée alimenta souvent la chronique mondaine. Mariée et divorcée quatre fois, elle eut une fille et en adopta une seconde lors d’un voyage au Pérou. Dans son autobiographie publiée en 1978, Joan Fontaine avouait être en froid avec elles et avec sa soeur. Actrices de calibre et de notoriété similaires, Joan Fontaine et Olivia de Havilland étaient en effet des ennemies notoires.

Interrogée par le magazine People, Joan Fontaine déclara à ce propos : « Olivia a toujours dit que j’étais la première en tout — je me suis mariée la première, j’ai gagné l’Oscar la première, j’ai eu un enfant la première. Si je meurs d’abord, elle sera furieuse, car j’aurai été la première là aussi ! » Toujours vivante, Olivia de Havilland est âgée de 97 ans.


Extrait de Rebecca, de Hitchcock, 1940

Extrait de Serenade, un film musical de 1956 avec Mario Lanza