Cinéma - Ni Dieu, ni Poutine

La Pussy Riot Maria Alekhina et son fils Phillip
Photo: Golden World Films LLC La Pussy Riot Maria Alekhina et son fils Phillip

Depuis le 21 février 2012, personne n’ignore les cinq petits balaclavas colorés qui ont chanté devant l’autel de la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Personne ? Sauf peut-être le chef tout-puissant de la Russie, Vladimir Poutine.

 

Même si le Te Deum punk féministe de Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina lui était destiné, le président russe a choisi d’ignorer ces dernières et de reléguer deux d’entre elles loin, très loin, dans les sordides camps de travail du pays.

 

Natasha Fissiak a décidé de s’intéresser pour sa part au système que Poutine a instauré depuis 2000 et d’en faire la vedette de son film.

 

Car, contrairement au convaincant Pussy Riot, a Punk Prayer (HBO, pas encore sorti au Canada), les trois féministes emprisonnées ne sont qu’un prétexte pour aborder à la manière de Michael Moore le système judiciaire russe biaisé, la Constitution pervertie et le retour en arrière du pays avec son pseudo-totalitarisme soutenu par l’Église orthodoxe.

 

Le film documente la répression croissante du régime Poutine, à travers notamment les témoignages de la lumineuse journaliste Masha Gessen, de la copropriétaire d’une compagnie de produits chimiques emprisonnée sept mois pour ne pas avoir voulu vendre son brevet, de l’activiste Yaroslav Nikitenko et de l’omniprésent mari de Tolokonnikova dans tout ce qui touche aux Pussy Riot, Piotr Verzilov.

 

La réalisatrice nous a confié pour preuve que son équipe a dû changer d’appartement trois fois lors du tournage et que des policiers sont venus interroger son équipe juste avant l’entrevue avec Samoutsevitch.

 

Quoique bien intentionné, le film n’offre pas grand-chose à qui suit un peu le mépris grandissant du pouvoir russe envers les droits de la personne, encore davantage à l’aube des Jeux olympiques de Sotchi.

 

Tout cela est de plus entaché par un montage boiteux et des raccourcis simplistes : les Pussy Riot seraient les Elvis ou Hendrix de notre ère, alors qu’elles se revendiquent davantage de Bikini Kill et du Riot Grrrl, ou encore seraient les Soljenitsyne du XXIe siècle…

 

Le documentaire offre tout de même un hommage à la centaine de journalistes qui auraient été assassinés depuis la première élection de Poutine, de même qu’un appel à suivre un des messages vibrants des Pussy Riot : n’ayez pas peur de contester l’inique, même au péril de votre liberté et de votre vie.

 

Nadejda, qui est arrivée la semaine dernière dans son nouveau camp de travail en Sibérie, et Maria, qui demeure enfermée à Berezniki, en paient atrocement le prix…

 

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