L’ingénu du nucléaire

Le personnage de Gary, interprété par Tahar Rahim, paumé et intrépide, est prêt à faire tous les sales boulots.
Photo: K-Films Amérique Le personnage de Gary, interprété par Tahar Rahim, paumé et intrépide, est prêt à faire tous les sales boulots.

La cinéaste Rebecca Zlotowski n’explore pas des territoires d’une beauté transcendante, préférant les lieux dépourvus de charme, marqués par le bruit ou une certaine vulgarité. C’était déjà patent dans son premier long métrage, Belle épine, où elle plongeait dans le monde du métal hurlant des courses automobiles clandestines.

 

Forte de cette première réussite, c’est avec encore plus d’assurance qu’elle scrute un univers reconnu pour son opacité, au propre comme au figuré : une centrale nucléaire. La France n’en manque pas, et c’est dans l’une d’elles que se retrouve le personnage principal de Grand Central, Gary (Tahar Rahim, toujours plus d’assurance, celle d’une star en devenir), que l’on pourrait croire sorti de la prison où Jacques Audiard avait enfermé le sien dans Un prophète. Il apparaît d’ailleurs aussi paumé, sans argent et sans diplôme, prêt à faire tous les sales boulots, comme celui de décontaminateur.

 

Le métier est considéré avec mépris et ceux qui l’exercent le font à leurs risques et périls, malgré les précautions d’usage. Ce n’est pourtant pas là qu’il provoquera les situations les plus dangereuses, du moins au départ. Le jeune homme est vite conquis par les charmes rarement dissimulés de Karole (Léa Seydoux, l’une des deux survivantes du tournage de La vie d’Adèle…), fiancée de Toni (Denis Menochet), collègue de travail expérimenté et fidèle allié du superviseur (Olivier Gourmet, sur la même note rustaude). Les ébats de ce couple interdit, et d’une discrétion relative, vont teinter d’étrange manière leurs liens avec leurs semblables de ce monde clos, celui d’un camping sans âme et d’un lieu de travail oppressant.

 

Les périls des triangles amoureux ne sont jamais totalement réinventés par Rebecca Zlotowski, mais le paysage balafré par les tours de refroidissement ne cesse de rappeler l’imminence du danger… La singularité de ce film se révèle aussi dans le comportement bouillant et erratique des personnages, certains défendus par des non-professionnels qui contribuent à l’authenticité de la démarche, à l’acuité de la description de cet environnement où la menace est souvent invisible.

 

Grâce à un scénario richement documenté sans pourtant crouler sous les détails techniques arides, ce lieu conçu pour « apporter la lumière chez les gens », dixit Toni, le fiancé humilié, s’affiche dans toute sa mystérieuse complexité, créant ainsi un climat d’angoisse diffuse. Le tempérament intrépide de Gary, qu’il soit ou non à quelques mètres du réacteur, donne encore plus de résonance à l’illustration de cette double fusion : celle des corps et celle du nucléaire. Dans les deux cas, certains y laissent parfois leur peau.

 


Collaborateur

 

À voir en vidéo