Si les hipsters m’étaient contés

Si l’on en juge par l’intérêt que portent les cinéastes québécois à ce coin bien montréalais, le centre du monde s’est légèrement déplacé du Plateau Mont-Royal en direction du Mile End, repaire de musiciens renommés, de journalistes branchés et de créateurs de tout acabit.

 

Cet espace urbain constitue le terrain de jeu nocturne du cinéaste Jean-François Lesage, traînant sa caméra, et peut-être aussi son spleen, dans les rues de ce quartier pas (tout à fait) comme les autres. Conte du Mile End ressemble davantage à un film-essai brouillon qu’à un documentaire mûrement réfléchi, affichant dès le départ une esthétique de l’indolence et du dépouillement, dans tous les sens du terme : notre guide est sans nom, le propos est à peine circonscrit, les protagonistes sortent de nulle part et parlent souvent ce fameux « franglais » montréalais qui blesserait jusqu’au sang les oreilles de Camille Laurin.

 

Le jeune homme que Lesage suit à chaque pas, et pendant plusieurs nuits (les changements de la météo donnent une bonne indication de la durée totale du tournage), tente de se relever d’une fracture amoureuse, scène initiale ponctuée de longs sanglots, mais jamais les siens. C’est à ce moment que s’enclenche une suite de pérégrinations dans les rues, les ruelles, les cafés et les salons du quartier, instants volés à des gens jamais identifiés, en général assez bavards.

 

Leurs propos, décousus, tournent autour de la vie de couple, de l’infidélité, de la peur de l’engagement, le tout dans une avalanche de phrases creuses du type « Je ne crois pas à l’éternité de l’amour » ou encore « Je ne suis pas prête pour la monogamie ». Ce déballage inconsistant, reflet d’une pensée dite « spontanée » à défaut d’être éloignée des lieux communs, se fait même autour d’un bon repas, comme dans une version hipster de l’émission Parler pour parler, sans toutefois Janette et Violette pour y mettre un peu de piquant.

 

Si Conte du Mile Endcherche à nous mettre en contact avec cette faune bigarrée en pleine construction de son mythe, c’est une réussite. Si cette pochade veut fermement s’afficher comme une radiographie artistique du désordre amoureux actuel, le célibat n’aura alors jamais eu si bon goût. Surtout lorsque vécu en dehors de ce périmètre de la nouvelle branchitude montréalaise.

 

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