Cinéma - Éternels recommencements

Images tirées du documentaire À jamais pour toujours, d'Alexandra Sicotte-Lévesque. Distribution: Les Films du 3mars
Photo: Images tirées du documentaire À jamais pour toujours, d'Alexandra Sicotte-Lévesque. Distribution: Les Films du 3mars
On a eu le plaisir de rencontrer la documentariste Alexandra Sicotte-Lévesque lors de la première d’À jamais, pour toujours aux plus récentes Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Le film prenait l’affiche en fin de semaine à Excentris et on ne saurait trop vous encourager à aller le voir. En s’attardant spécifiquement aux destins individuels de six jeunes Soudanais, l’auteure parvient en effet, paradoxalement, à toucher des enjeux universels.

On se souviendra — ou pas — qu’en 2011, un référendum de sécession fut tenu au Soudan, un pays jusque-là déchiré par des tensions religieuses entre chrétiens et musulmans nourries, en coulisses, par le général Omar el-Béchir, ce dernier au pouvoir depuis 1989 à la suite d’un coup d’État fomenté pour son propre bénéfice. Ainsi, les musulmans au nord et les chrétiens au sud, sans oublier la région du Darfour, à l’ouest, à feu et à sang. Verdict dudit référendum exigé et obtenu par le Soudan du Sud ? Un vote à presque 99 % en faveur de la séparation.

À jamais, pour toujours débute en 2009 alors que l’on réclame ou redoute, selon le cas, une telle consultation. Par la suite, le documentaire explore les répercussions de la sécession, nombreuses et profondes, il va sans dire. Elles sont différentes sur chacun des participants (Abubakr, Lucy, Hajjir, Hawa, Kaltoum, Martha et Chol), issus qu’ils sont de confessions et de milieux variés. Certains ont reçu une meilleure éducation. Certains accusent un vécu plus difficile. Néanmoins, toutes et tous aspirent, espèrent.

Entre exodes et déchirements, les uns et les autres continuent à vivre, parce qu’il le faut, parce qu’ils ont cette chance. En amont du conflit, au moins deux millions des leurs ne l’ont pas eue. Certains partent, d’autres restent. Des couples se défont. D’autres, fragiles, se forment. Des espoirs s’éteignent, d’autres renaissent. Cette fois sera peut-être la bonne…

Sans pousser, sans forcer, avec tact et respect, Alexandra Sicotte-Lévesque rend compte de ces bouleversements immenses à travers la mosaïque intime que brodent graduellement les regards croisés de ses participants, des gens ordinaires aux aspirations idoines. D’où la facilité pour le spectateur de se mirer à son tour dans ces yeux-là, qui pourraient au final être les siens.

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