Inventer le Nunavut aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal

Le documentariste a su filmer les paysages magnifiques du Grand Nord.
Photo: Alex Salter Le documentariste a su filmer les paysages magnifiques du Grand Nord.

C’est d’abord l’histoire d’une passion de jeunesse. Celle de John Walker, anglo-montréalais qui décide à 16 ans de monter comme marin sur un bateau qui se rend dans les hauteurs arctiques jusqu’à l’île Cornwall.

 

Il a une caméra 35 mm, capture avec elle les images d’icebergs, d’ours blancs, de rorquals et de populations inuites. Ça se passe en 1968. Plus tard, il découvrira que ces familles inuites descendaient de celles que le gouvernement avait expatriées pour installer des postes militaires durant la guerre froide.

 

Au fil des ans, devenu documentariste, John Walker est demeuré fasciné par la résilience du peuple inuit, souvent abandonné sur sa banquise par l’État, longtemps traité comme une communauté inférieure dont on tue les chiens de traîneau pour sédentariser ceux qu’on appelait encore les Esquimaux, et dont la riche culture séculaire était niée.

 

Arctic Defenders rappelle le parcours du cinéaste, et raconte l’histoire d’un combat pour la reconnaissance de cette culture, et pour le droit à un territoire qui sera baptisé Nunavut. Documents d’archives, également témoignages d’Inuits qui se sont battus autant pour faire reconnaître chez eux la nécessité de se doter d’un État (« mais le territoire est à nous », s’étonnaient les aînés) que pour bousculer le paternalisme des premiers ministres successifs. Trudeau, Chrétien défilent en fumant le calumet. En 1999, le Nunavut était fondé, sans éliminer tous les problèmes du blanc territoire. L’acculturation démolit les peuples, à coups de drogue, de suicides, parfois d’ennui. Et ceux qui sont allés là-bas savent à quel point les grandes distances entre les communautés, l’isolement, les modes de vie en totale transformation, les fossés intergénérationnels engendrent des problèmes sociaux. Mais ils sont dotés d’un État qu’aucun gouvernement central ne peut plus gruger impunément.

 

John Walter a fait deux ans de recherches pour livrer ce grand film témoin d’un processus d’autogouvernement — de quoi inspirer les Québécois — né à force de détermination, de lucidité, de volonté. Les images avec les paysages magnifiques du Grand Nord cassent tous les préjugés de ceux qui voient encore dans ces régions arctiques un désert de glace.

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