Dominic marche avec Alex aux RIDM

Tous deux basés à Rouyn-Noranda, dont ils sont originaires, le comédien Alexandre Castonguay (à gauche) et le réalisateur Dominic Leclerc se connaissent de longue date.
Photo: Christian Leduc Tous deux basés à Rouyn-Noranda, dont ils sont originaires, le comédien Alexandre Castonguay (à gauche) et le réalisateur Dominic Leclerc se connaissent de longue date.

Un acteur passionné et intense vit passionnément et intensément une peine d’amour. Dans sa tête, ce projet un peu fou de mémoriser La marche à l’amour, un poème-fleuve dans lequel Gaston Miron détaille avec force lyrisme les étapes de sa quête passionnelle. Dans son coeur, ce besoin irrépressible de pèlerinage. Certaines oeuvres, lorsqu’elles naissent de la nécessité d’exprimer l’intime, débouchent parfois sur quelque chose de plus grand que l’artiste. Alex marche à l’amour est de celles-là.

 

Tous deux basés à Rouyn-Noranda, dont ils sont originaires, le comédien Alexandre Castonguay et le réalisateur Dominic Leclerc se connaissent de longue date. «   Alex et moi voulions travailler ensemble depuis longtemps, mais le bon projet tardait à se matérialiser   », révélait Dominic Leclerc lors d’un entretien réalisé fin octobre au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Cette semaine, c’est au tour des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) de présenter ce bel ovni cinématographique, fruit de la rencontre heureuse de deux gars sensibles qui s’assument comme tels.


«   Puis, Alex m’est arrivé avec cette idée… complètement folle et inattendue. Une idée qui lui ressemble.   » Une entreprise singulière, donc, que cet Alex marche à l’amour, un long métrage à mi-chemin entre l’essai et le documentaire. On y suit les pérégrinations d’Alexandre Castonguay, lancé sur un parcours de 700 kilomètres à pieds le long des routes témiscabitibiennes alors qu’il répète inlassablement le poème de Miron. La prose viendra-t-elle à bout du chagrin ?


L’éducation sentimentale


«   Tu viendras tout ensoleillée d’existence, la bouche envahie par la fraîcheur des herbes, le corps mûri par les jardins oubliés, où tes seins sont devenus des envoûtements. Tu te lèves, tu es l’aube dans mes   bras où tu changes comme les saisons. Je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine, à bout de misères et à bout de démesures. Je veux te faire aimer la vie, notre vie   », écrivit le poète. Il y a de quoi cogiter, on en conviendra. Ce que fait Alexandre Castonguay, tout immergé dans les mots de Miron, le spleen amoureux du second éclairant celui du premier au fil d’une odyssée de bitume et d’adoration tranquille.

 

Chemin faisant, le randonneur rencontre des gens qui l’aident à apprendre le texte ardu, à apprendre de son expérience ardue. Des gens qui y vont de leurs propres théories sur la nature de l’amour ; philosophies du cru d’une acuité souvent étonnante.

 

«   Au début, j’avais des doutes, avoue Dominic Leclerc. J’étais pas convaincu que des étrangers embarqueraient dans cette démarche-là. Mais Alex a le tour de mettre les gens en confiance. Il y a comme une sincérité immense qui se dégage de lui. On le sent tout de suite. Certaines personnes lui ont confié des trucs super personnels. Ça illustre à quel point son questionnement est universel.   »

 

Au bout de la route, l’acteur parviendra à apprendre le poème, à apprendre du poème. Et la tristesse qui n’aura pas tant disparu qu’elle aura été remplacée par une compréhension de soi, par un savoir. Par une éducation sentimentale, en somme.

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