Peter Wintonick 1953-2013 - Le père de Manufacturing Consent n’est plus

Le documentariste Peter Wintonick lors du Festival international du film de Pusan, à Busan en Corée du Sud, en octobre 2009.
Photo: Ahn Young-Joon Associated Press Le documentariste Peter Wintonick lors du Festival international du film de Pusan, à Busan en Corée du Sud, en octobre 2009.

Aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) qui battent leur plein, le deuil était de mise. Un des documentaristes québécois les plus prolifiques et les plus attachants, Peter Wintonick, est mort lundi à 60ans, des suites d’une forme rare du cancer du foie.

 

Et sa silhouette haute et ronde, son franc-parler manqueront aux festivaliers, comme à ceux qui l’ont côtoyé et à ses nombreux amis. Les RIDM ont présenté dimanche midi à Excentris son film PilgrIMAGE (2009) coréalisé avec sa fille Mira Burt, abordant avec humour les spectateurs et leur façon d’être transformés par le cinéma et les médias. Les amis confrères, admirateurs, lui ont alors rendu hommage et ont pu communiquer avec sa fille Mira, par Skype.

 

Le documentariste avait épousé la veille de sa mort sa compagne, Christine Burt. La projection hommage était prévue en sa présence, comme il se savait condamné, mais son état s’est détérioré trop rapidement pour lui permettre d’y assister.

 

Un groupe de cinéastes canadiens et de figures de proue de l’industrie, dont Margaret Atwood, Lucy Walker, John Walker, Yung Chang, l’avaient appuyé, autant pour les coûts de soins médicaux que pour une campagne de financement pour son dernier film, Be Here Now, projet qu’il entama après l’annonce du cancer. EyeSteelFilm s’est engagé à le faire terminer. Un site est consacré à cette recherche de deniers.

 

Passionné et récompensé

 

Peter Wintonick, qui se sera passionné pour le pouvoir des médias et la transformation des esprits sous leur charge, sur le mode comico-critique, a tâté de bien des métiers du cinéma, tour à tour monteur, scénariste, réalisateur et producteur.

 

Né en Ontario, il était arrivé dans le Montréal effervescent des années 1970 pour y trouver un environnement stimulant. Après avoir travaillé au montage de plusieurs films, entre autres de Your Ticket Is No Longer Valid de George Kaczender d’après le roman de Romain Gary, et pour le même cinéaste, du très populaire In Praise of Older Women, il avait remporté en 1984 le Blue Ribbon Award de l’American Film Festival pour un documentaire sur les médias indépendants, intitulé Les nouveaux médias.

 

Mais c’est son fameux documentaire Manufacturing Consent ; Noam Chomsky and the Media, réalisé en 1992 à quatre mains avec Mark Achbar, qui fit le tour du monde et lui valut une vingtaine de prix. Théorie du complot en bandoulière, Noam Chomsky s’y livrait à travers interviews et documents d’archives en se penchant sur la désinformation globale et sur la façon de se décontaminer. Wintonick revint sur le pouvoir des médias à travers Seeing Is Believing : Handicams, Human Rights and the News (2002), PilgrIMAGE et divers courts métrages.

 

Un autre de ses chevaux de bataille était la névrose canadienne. En 1996, il coréalisait ho ! Canada et deux ans plus tard Le complexe Québec-Canada, usant de son ironie pour analyser les délires d’amour-haine des deux solitudes.

 

Peter Wintonick s’est intéressé aussi à l’histoire de notre septième art en 1999, dans Cinéma vérité, Defining the Moment, primé au Festival du nouveau cinéma. Le documentariste engagé fut aux premières loges de la création Virtual Film Festival, site de partage d’informations, et forum de rencontres sur le cinéma canadien et international. À ce créateur de lucidité et d’humour salvateur, le milieu lève son chapeau.

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2 commentaires
  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 19 novembre 2013 13 h 07

    Un grand documentariste

    La Grande Faucheuse est venue le chercher, trop tôt!

    Comme professeur de cégep, j'ai donné, pendant longtemps, un cours intitulé «Culture et médias». Et j'ai projeté le film «Manufacturing Consent» à au moins 500 étudiantss, ce qui me ravit. Quand je rencontre d'anciens étudiants, la plupart me parlent de Chomsky et du film sur Chomsky.

    Triste est mon âme lorsque je pense au «départ définitif» de cet homme brillant qui savait admirer les thèses de Noam Chomsky et qui savait créer des films passionnants.

    JSB, sociologue des médias

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 19 novembre 2013 13 h 08

    La grande faucheuse est venue le cherher trop tôt

    Comme professeur de cégep, j'ai donné, pendant longtemps, un cours intitulé «Culture et médias». Et j'ai projeté le film «Manufacturing Consent» à au moins 500 étudiantss, ce qui me ravit. Quand je rencontre d'anciens étudiants, la plupart me parlent de Chomsky et du film sur Chomsky.

    Triste, triste est mon âme lorsque je pense au «départ définitif» de cet homme brillant qui savait admirer les thèses de Noam Chomsky et qui savait créer des films passionnants.

    JSB, sociologue des médias