Guillaume Brac : opération Tonnerre

« J’accorde une grande importance à la vérité psychologique », confie le cinéaste Guillaume Brac.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir « J’accorde une grande importance à la vérité psychologique », confie le cinéaste Guillaume Brac.

Enfant, Guillaume Brac se rendait parfois à Tonnerre, une commune française de la Bourgogne où demeuraient ses grands-parents. À l’époque, la simple évocation de ce nom suffisait à l’emplir d’une terreur nourrie par le folklore local, dont la fosse Dionne, avec ses ramifications souterraines aux multiples noyés. Devenu cinéaste, Guillaume Brac est allé y tourner son premier long métrage, une histoire qui n’a rien d’effrayant. Du moins, pas au début.

 

« Tonnerre, le film, est né de trois souhaits, explique le cinéaste de passage à Montréal dans le cadre du festival Cinemania. D’abord, j’ai toujours voulu filmer à Tonnerre, qui est un lieu très évocateur, unique. L’hiver là-bas possède un je-ne-sais-quoi insolite qui me permettait de conférer au film cette qualité à la lisière de l’onirisme lors de certaines scènes. Ensuite, je voulais écrire une histoire d’obsession amoureuse. Enfin, j’avais ce désir de poursuivre ma collaboration avec Vincent Macaigne en lui offrant un rôle différent de ce qu’il a joué jusqu’ici. » Pour mémoire, Guillaume Brac et Vincent Macaigne ont travaillé ensemble sur le court métrage Le naufragé et le moyen métrage Un monde sans femme, une fantaisie aigre-douce qui connut un beau succès en France avec 25 000 entrées.

 

Structuré en trois actes, Tonnerre débute léger, subit une mutation tranquille, puis opère un virage dramatique singulier. On y suit les tribulations de Maxime, un chanteur trentenaire dont le sacre critique ne s’est pas mué en succès populaire. Ceci expliquant cela, Maxime est revenu vivre quelque temps chez son père dans la petite ville de son enfance. Sur place, il rencontre Mélodie, une toute jeune journaliste dont il s’éprend, et réciproquement. Coup de foudre à Tonnerre, en somme. « C’est approprié, non ? »

 

Or, on le sait, au cinéma comme dans la chanson des Rita Mitsouko, « les histoires d’amour finissent mal, en général ».

 

Les tons justes

 

« Ça me paraissait intéressant d’opérer ces changements de ton. La première partie est pleine d’humour. Puis survient cette scène pivot où l’un des personnages montre son revolver à Maxime en évoquant des idées noires. Fatalement, on sait que ce revolver servira. Lorsque cela survient plus tard, on plonge presque dans la tragédie. Puis, à la fin, on revient à quelque chose de plus proche du commencement, mais pas tout à fait. »

 

L’audace du scénario réside justement dans cette ultime rupture de ton négociée avec la même souplesse que la précédente. Chez un auteur plus soucieux de l’effet que de la justesse, un nihilisme bon teint aurait constitué la voie narrative facile. Rien de tel ici, à tel point que l’on éprouve parfois cette impression, rare, que Guillaume Brac s’est attelé à raconter des gens autant qu’une histoire.

 

« J’accorde une grande importance à la vérité psychologique, confirme-t-il. Par exemple, si on observe bien Maxime, on décèle dès les premières minutes ce côté extrême qui, sans l’annoncer, rend le drame crédible. Chaque personnage vit son propre cheminement, d’où cette espèce de pardon lors du dénouement… Ça dénote sans doute que j’ai encore foi dans le genre humain », conclut Guillaume Brac, sourire en coin.

 

Pour le compte, c’est un peu comme si, après l’avoir vécue à fond (et avoir touché celui-ci), le protagoniste était parvenu à guérir de son obsession. À l’instar de l’auteur qui, en allant tourner son film dans la ville de ses cauchemars enfantins, a soigné la sienne.

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