Images manquantes, images trouvées aux 16es RIDM

On avait vu d’autres documentaires sur cette place Tahrir devenue symbole de résistance, mais The Square possède le mérite de remonter le cours de la rébellion de A à Z, à travers le regard de jeunes, de différentes origines sociales et obédiences.
Photo: Noujaim Films On avait vu d’autres documentaires sur cette place Tahrir devenue symbole de résistance, mais The Square possède le mérite de remonter le cours de la rébellion de A à Z, à travers le regard de jeunes, de différentes origines sociales et obédiences.

Ce mercredi au Monument-National est donné le coup d’envoi des 16es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). The Square (Al Midan) de Jehane Noujaim (derrière Control Room) est présenté en ouverture, avec reprises les 15 et 17 novembre, en présence de la cinéaste égypto-américaine.

 

Jehane Noujaim a pris d’assaut avec son équipe la place Tahrir dès les premiers rassemblements anti-Moubarak en janvier 2011, et ce, jusqu’à la chute de son successeur Mohamed Morsi. Le film, qui remporta le prix du public à Sundance et à Toronto, fut réactualisé depuis.

 

On avait vu d’autres documentaires sur cette place devenue symbole de résistance, mais celui-ci possède le mérite de remonter le cours de la rébellion de A à Z, à travers le regard de jeunes, de différentes origines sociales et obédiences. Magdy est un frère musulman, Khalid Abdalla, un acteur (vu dans Les cerfs- volants de Kaboul) qui s’est mis au service de la révolution, Ahmed, un jeune rebelle idéaliste.

 

Tous ces points de vue, ces discussions serrées, ces violences sur une place devenue aussi champ de tir du gouvernement, confèrent une vie folle au film. D’autant plus que la place Tahrir, avec ses tentes, ses graffitis, ses affrontements, ses commerces ambulants, ses espoirs déçus, ses cris, vibre comme l’épicentre de toutes les rébellions. Les tiraillements autour du rôle des Frères musulmans, qui avaient fait alliance avec les militaires en reniant leurs frères de lutte, sont particulièrement bien mis en lumière.

 

Les RIDM, qui présentent plus de 135 films, dont 12 en compétition internationale, offrent une excellente sélection. Le Devoir a vu quelques documentaires.

 

L’image manquante du cinéaste cambodgien Rithy Panh constitue un chef-d’oeuvre du genre. Celui qui a tant témoigné du régime atroce des Khmers rouges signe son film le plus autobiographique, livrant son enfance volée. Et quand les images effacées par le régime manquent, il utilise des figurines de terre cuite, ce qui apporte une poésie à ces souvenirs irréels de tyrannique absurdité.

 

Fifi hurle de joie de Mitra Fasrahani est une oeuvre fascinante et insolite. La documentariste a retrouvé à Rome le vieil artiste Bahman Mohasses, icône au temps du shah, depuis lors disparu après avoir détruit l’essentiel de ses oeuvres. Entre ce vieux peintre homosexuel et la cinéaste, un lien se crée. Mais c’est le portrait de cet être viscontien, excentrique, vaniteux, manipulateur, bourré de talent, dernier représentant d’un monde en perdition aux portes de sa mort, qui éblouit entre humour et mélancolie.

 

Au Québec, on connaît beaucoup le Français Nicolas Philibert (Être et avoir, Retour en Normandie). Son dernier film, La maison de la radio,est un hommage aux artisans de Radio France à Paris, dont les techniciens chroniqueurs invités, musiciens, sont les voix et les sons livrés à domicile. Mais la ruche bourdonnante qu’il filme devient aussi métaphore d’un monde qui place tout sur le même pied : un séisme meurtrier, les frasques de DSK, des pitreries, des choeurs exquis, la météo. Si bien que le film charme et donne le vertige, captant une tour de Babel contemporaine où tous les niveaux de sens se croisent, se répercutent, s’anéantissent en bout de piste.

 

Un ovni apparemment sorti des songes de Murnau : Letter de Sergei Loznitsa (cinéaste d’In the Fog). En noir et blanc, des pensionnaires d’un hôpital psychiatrique à la campagne marchent, parlent, attendent l’heure du repas, silhouettes spectrales confondues avec le brouillard de leur vie.

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