Anouk Aimée à Cinémania - L’élégant mystère d’une icône du cinéma

Anouk Aimée : « Dans ma jeunesse, trois pays me faisaient rêver, dit-elle : le Canada, l’Égypte et les Indes. Je n’ai mis les pieds qu’au Canada ; cette neige, ces espaces immenses, et toute cette liberté… »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Anouk Aimée : « Dans ma jeunesse, trois pays me faisaient rêver, dit-elle : le Canada, l’Égypte et les Indes. Je n’ai mis les pieds qu’au Canada ; cette neige, ces espaces immenses, et toute cette liberté… »

Elle est toute simple, Anouk Aimée, avec son rire, son charme qui se rit de sa légende, son veston de velours cordé, sa démarche à la fois légère et chaloupée. On la rencontre dans un salon de grand hôtel. Le temps nous presse. Ça nous stresse. On l’étire.

 

La grande actrice parisienne consacre sa vie aux animaux désormais, comme Brigitte Bardot, mais en plus sympathique. « Les chiens sont plus loyaux que les humains. »

 

Elle ne tourne plus beaucoup. La dernière fois, c’était en 2012 dans Mince alors ! de Charlotte de Turckheim. La dame n’a jamais été carriériste de toute façon.

 

« Dans ma jeunesse, trois pays me faisaient rêver, dit-elle : le Canada, l’Égypte et les Indes. Je n’ai mis les pieds qu’au Canada ; cette neige, ces espaces immenses, et toute cette liberté… » Notre sol est toujours le fantasme de quelqu’un.

 

Mais ma vis-à-vis est elle-même une icône, longue dame brune à la classe légendaire, qui aura traversé l’époque et son cinéma avec un sourire en coin et un élégant mystère, jamais pleinement percé.

 

Lorsqu’on a connu Prévert, Chaplin, Picasso, fréquenté Jean Genet, Jean Cocteau et Raymond Queneau, quand on a joué dans deux chefs-d’oeuvre de Fellini, La Dolce Vita et Huit et demi, quand Carné, Bertolucci, Duvivier, Sidney Lumet, George Cuckor, Robert Altman et tant d’autres vous ont mis en scène, quand un des films français qui connut le plus grand succès international - Un homme et une femme de Claude Lelouch - a reposé sur vos épaules et sur celles de Jean-Louis Trintignant, en vous ouvrant les portes du cinéma international, la vie vous semble peuplée de richesses. Et puis Gérard Philipe incarnait son mari, le beau peintre maudit Modigliani dans Les amants de Montparnasse de Jacques Becker. Ça s’accepte aussi.

 

Une vie comme un conte

 

À Cinemania, Anouk Aimée reçoit des hommages. Une rétrospective lui est consacrée à La Cinémathèque québécoise. Elle accorde un cours de maître ce samedi à L’Impérial, juste après le fort intéressant documentaire La beauté du geste de Dominique Besnehard, qui remonte à l’écran le cours de sa vie et de sa carrière.

 

On dirait un conte, cette vie-là. Anouk Aimée évoque la chance. À croire qu’un ange, plusieurs en fait se sont relayés sur son épaule pour lui offrir le meilleur. Appelons ça un destin. Sa beauté merveilleuse fut un sésame aussi. « Où sont passées les fées ? » demande-t-elle aujourd’hui. Mais on les sent voleter autour d’elle.

 

Née à Paris en 1932, Françoise Serina Dreyfus, d’un père juif, elle n’avait pourtant pas en pleine guerre de bonnes cartes dans son jeu. « Un jour, une fille a dit à un soldat allemand que j’étais juive et il s’est contenté de venir me reconduire chez mes parents, sans prévenir la Gestapo. Plus tard, durant les bombardements de Marseille, alors que mon père me demandait de rester à la maison parce que ma mère arrivait, j’ai insisté pour aller à l’école, et notre maison fut détruite par les bombes… »

 

Elle se rêvait danseuse. « Mais dans la rue, quelqu’un m’a demandé si je voulais faire du cinéma. » Pourquoi pas ? Sa mère avait été comédienne et n’affichait aucun préjugé contre le métier. « J’avais 13 ans. »

 

Henri Calef lui offre le rôle d’Anouk dans La maison sous la mer. Nous sommes en 1947 dans l’immédiat après-guerre. Puis Marcel Carné l’engage pour jouer dans La fleur de l’âge,qui restera inachevé. Prévert, autre fée placée sur sa route, en est le scénariste : « Mais tu ne peux pas t’appeler seulement Anouk, dit-il. À 40 ans, ça va donner quoi ? » Anouk s’en balançait. « Il y a bien Arletty ! » Prévert lui offre le patronyme Aimée. « Il aurait dit « Fripouille », que j’aurais accepté quand même. Pensez donc, Prévert… »

 

Hasards et patries

 

Anouk Aimée eut quelques patries, dont l’Italie. « J’ai appris l’italien sur le plateau de La Dolce Vita, avant d’habiter là-bas quelques années. Fellini m’aura appris à faire ce métier sérieusement, sans me prendre au sérieux. J’entends encore Marcello Mastroianni répondre à une journaliste qui lui disait : « Ça doit être difficile ce métier ? » « Difficile, oui. On vient me chercher en limousine, on me sert tout ce que je veux sur le plateau. » Il était si nonchalant, Marcello. C’était délicieux. »

 

En 1961, Jacques Demy la choisit pour incarner le rôle-titre de Lola, fragile entraîneuse à Nantes. Un rôle qui la changeait de ses incarnations plus éthérées et sophistiquées.

 

Un homme et une femme, elle a failli ne pas jouer le rôle. Non pas parce que Lelouch doutait d’elle, mais parce que le premier jour à Deauville s’est mal passé : « Il conduisait trop vite et j’avais peur. La Manche était mauvaise et il voulait qu’on y tourne la scène du bateau. J’ai dit : « Vous le ferez sans moi ! » On s’est disputés. » Le lendemain, ils ont tenté le coup d’une scène d’essai. Un pur bonheur. C’était gagné !

 

Trois maris : Nico Papatakis, qui dirigeait à Paris le cabaret La rose rouge, plus tard scénariste et cinéaste ; Pierre Barouh, acteur et compositeur des chansons d’Un homme et une femme ; puis le grand acteur britannique Albert Finney, auprès de qui elle a vécu à Londres en maîtresse de maison, quittant durant sept ans le cinéma en pleine gloire. « J’ai même refusé des films comme Le conformiste de Bertolucci et L’affaire Thomas Crown de Norman Jewison avec Steve McQueen… »

 

En 1980, Marco Bellocchio la dirige dans l’excellent Le saut dans le vide, où elle joue une demi-folle, dans une atmosphère insolite, aux côtés de Michel Piccoli. Ce rôle lui valut le prix d’interprétation féminine à Cannes. Il y a des moments clés, comme ça, dans sa carrière.

 

Vous lui demandez ce que ce métier d’actrice lui aura appris par-dessus tout, elle répond n’avoir pas vraiment connu autre chose. « Mais toutes ces rencontres, ces gens formidables que j’ai fréquentés. Quand j’ai tourné Justine de George Cukor [1969] d’après Le quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrel, cet écrivain m’a présenté à son ami Henry Miller. C’était merveilleux. De passage aux États-Unis, je vais voir Woody Allen, Scorsese, Robert de Niro… Chanceuse, vous dites ? »


 
3 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 novembre 2013 01 h 15

    Sublime icône

    Égérie de Fellini, Dans la Dolce Vita et

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 novembre 2013 01 h 18

    Sublime égérie

    Anouk Aimée fut la vedette de Federico Fellini dans 8 1/2 et La dolce vita.
    Plus tant d'autres prestations remarquables.

    Bienvenue à Montréal.

  • Gilbert Talbot - Abonné 8 novembre 2013 13 h 32

    La préférée de Gambier

    Elle était l'actrice préférée du commandant Gambier, vous savez, le mari des Sylvie ? Sylvie en était un peu jalouse d'ailleurs. C'est par là, que je l'ai connue. Heureusement, elle n'a jamais joué dans ces romans pour jeunes filles, que je consommais en alternance avec les Bob Morane.