C’est notre histoire

L’ancien ambassadeur canadien Ken Taylor revient sur la vraie histoire derrie?re Argo.
Photo: Séville L’ancien ambassadeur canadien Ken Taylor revient sur la vraie histoire derrie?re Argo.

« Quand la légende devient un fait établi, imprimez la légende. » C’est ce que l’on entend à la fin de L’homme qui tua Liberty Valance, de John Ford, et la réplique est devenue le mantra d’Hollywood, qui a toujours préféré le mythe à la vérité, si possible gonflé à l’hélium et aux effets spéciaux.

 

Imaginez maintenant la tronche des protagonistes canadiens autrefois impliqués dans la crise des otages américains en Iran en 1979 devant Argo, de Ben Affleck, un film oscarisé, faut-il le souligner. Ils n’en sont pas revenus de voir comment cette histoire est devenue une ode à la CIA, nos diplomates faisant, au mieux, de la figuration intelligente. Les faits réels ne sont pas aussi glorieux (pour le gouvernement de Jimmy Carter), ni aussi trépidants (la fuite de l’aéroport de Téhéran des six diplomates américains protégés par le Canada fut d’une facilité déconcertante).

 

Sans esprit revanchard, les documentaristes Drew Taylor et Larry Weinstein donnent la parole à Ken Taylor, l’ambassadeur canadien en poste là-bas et à ce moment charnière richement mis en contexte dans Our Man In Tehran. Bien plus que d’héberger des diplomates américains en cavale après le siège de leur ambassade par les forces islamistes de l’ayatollah Khomeiny, Taylor s’est littéralement transformé en espion, voire en héros téméraire, pour trouver une porte de sortie à ses « visiteurs », mais aussi à tous leurs collègues qui vivaient sous la terreur et dans de moins bonnes conditions.

 

Certains de ces survivants témoignent dans ce documentaire passionnant sur cette époque qui éclaire les malaises actuels de la Maison-Blanche face au nouveau régime de Hassan Rohani. On compte aussi Joe Clark, alors premier ministre du Canada, et Flora MacDonald, ministre des Affaires étrangères, qui ont fait beaucoup plus que de pratiquer la politique de la chaise vide et le dénigrement des institutions internationales ; le Canada a joué un rôle majeur dans cette affaire, et forcément dans la marche du monde. Parmi ses mérites, Our Man in Tehran démontre que la diplomatie (ainsi qu’une bonne dose de courage et d’inconscience) constitue encore un moyen efficace de sortir (parfois) triomphant des tumultes de l’Histoire.

 

Pour en connaître davantage sur cette crise, sachez que le documentaire s’inspire largement d’un livre de l’historien Robin Wright (Notre homme à Téhéran, éditions de l’Homme, 2010) et que la série Tout le monde en parlait a consacré deux épisodes fort éclairants au sujet, accessibles sur Tou.tv.

 

 

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