Subversion spectacle

Une sce?ne d’Ender’s Game
Photo: Alliance Films Une sce?ne d’Ender’s Game

C’est la conjugaison pour ados d’un film qu’on a vu mille fois conjugué pour adultes. Nous sommes dans un futur proche. Ender (Asa Butterfield, le petit Hugo de Scorsese), un gamin de 12 ans surdoué pour le combat militaire, est envoyé par un vieux général (Harrison Ford), convaincu qu’il est le Messie tant espéré, dans une école de combat, sur une station spatiale, où ses camarades de classe n’ont d’autre fonction que celle de le mettre en valeur et de l’enhardir en prévision d’un combat ultime qu’il devra diriger contre un possible envahisseur extraterrestre.

 

Gavin Hood, un cinéaste sud-africain découvert grâce à Tsotsi, signe la réalisation et le scénario de ce jeu de guerre inspiré d’un roman populaire, où chaque chapitre constitue la répétition du précédent, avec degré de difficulté accru. La narration en voix hors champ du jeune héros, jumelée aux conversations du commandant et de son adjointe (Viola Davis) dans la première partie, du commandant et du mentor du garçon (Ben Kingsley) dans la seconde, éclaire au néon jusque dans les coins les plus sombres.

 

Le simplisme de la mécanique narrative est d’autant plus décevant qu’Ender’s Game formule deux ou trois idées relativement subversives. D’abord sur la validité douteuse de la « guerre à la terreur » instaurée par George W. Bush et son amiral Dick Cheney. Ensuite sur le principe pentagonal fallacieux selon lequel la fin justifie les moyens. Enfin sur l’esprit critique assassiné dans les écoles militaires. Ender’s Game est donc un film déchiré entre son intention d’enseigner l’esprit critique aux jeunes spectateurs intelligents et son obligation mercantile de rejoindre, au moyen d’un feu d’artifice d’images de synthèse et d’effets spéciaux, l’ado abruti par les jeux vidéo. Or le seul moyen d’atteindre les deux, c’est de tirer en l’air et d’espérer un miracle.

 

 

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