Une fin de vie avec mon père

Roy Dupuis et Marcel Sabourin dans L’autre maison, où une famille est bouleversée par la maladie d’Alzheimer.
Photo: TVA Films Roy Dupuis et Marcel Sabourin dans L’autre maison, où une famille est bouleversée par la maladie d’Alzheimer.

Être à la fois digne et malade : c’est la posture du héros fragile, blessé (dans son âme) et confus du premier long métrage de fiction de Mathieu Roy, L’autre maison. Dans son complet noir, avec ses beaux cheveux blancs et une démarche que l’on imagine autrefois fière et inspirant l’autorité, Henri (Marcel Sabourin, un grand acteur qui n’a plus rien à prouver et tout à donner) traverse la fin de son existence en liberté surveillée et minée par l’alzheimer.

 

Entouré d’une nature luxuriante, face à un lac d’où émane une grande quiétude, Henri pourrait s’y perdre ou s’y noyer sans la vigilance de son fils cadet Éric (Émile Proulx-Cloutier, excessif et peu nuancé) et sa copine Maïa (Florence Bain Mbaye, la lumière de cet univers ombrageux). Cette responsabilité pèse lourd sur les épaules du jeune homme, aspirant pilote d’avion cloué au sol (l’alcoolisme serait en cause, mais le problème est mal esquissé), dépassé par l’ampleur de la tâche. Celle-ci ne fait qu’augmenter en intensité tant Henri a du mal à reconnaître les siens, multipliant les fugues et les comportements erratiques.

 

Le vieux journaliste sait pourtant reconnaître son fils aîné, Gabriel (Roy Dupuis, plus absent qu’émouvant), grand reporter parcourant le vaste monde, et donc incapable de tenir en place. Se terrer auprès d’Éric pour prendre soin d’Henri ? La perspective est loin de le réjouir, croyant qu’un chic centre d’accueil pourrait suppléer à ses absences prolongées et permettre à son jeune frère d’apaiser ses (nombreuses) frustrations.

 

Cette Autre maison apparaîtra familière à plusieurs, le cinéaste puisant dans son histoire personnelle et celle de sa famille d’illustres journalistes (il est le fils de Michel Roy et le frère cadet de Patrice Roy) pour composer un portrait poétique et parfois même idyllique d’une déchéance annoncée. Sans recourir à des effets purement oniriques - sauf dans sa conclusion, parmi les moments les plus réussis du film -, Mathieu Roy propose ici et là quelques échappées loin d’une réalité triste et implacable, qu’il ne cherche jamais à décrire dans ses détails les plus sordides.

 

Plusieurs enjeux dramatiques s’entrecroisent au sein de ce trio désaccordé, suite de malaises suscités par la maladie mais aussi par les rivalités, les jalousies et les attentes démesurées des deux frères. Ces intrigues brouillent davantage le propos qu’elles ne l’éclairent, parfois liées à la personnalité secrète de Gabriel (les rares scènes avec sa compagne, interprétée par Julie Gayet, sentent le compromis de la coproduction) ou au caractère colérique d’Éric. Tout comme les convives d’un souper d’anniversaire en l’honneur d’Henri dont on ignore tout de leurs liens, ses débordements suscitent plus d’embarras que d’empathie.

 

L’autre maison apparaît souvent comme l’archétype du premier film de fiction : à la fois plein de sincérité et de maladresses, cherchant à dire beaucoup mais de façon un peu désordonnée, trop collé à l’histoire personnelle de son auteur pour ne pas céder au jeu des comparaisons. L’autre film, le prochain, devrait déjà l’amener ailleurs…

 

 

Collaborateur