L’esprit de Ciné-Quiz

Le tueur taciturne à la figure balafrée joué par Danny Trejo est de retour dans cette suite de Machete.
Photo: VVS Films Le tueur taciturne à la figure balafrée joué par Danny Trejo est de retour dans cette suite de Machete.

Si Robert Rodriguez était né au Québec plutôt qu’au Texas, ce cinéaste d’origine mexicaine maintenant dans la quarantaine et cinéphile vorace aurait été accro à Ciné-Quiz, cette ancienne plage cinéma du célèbre « Canal 10 ». La série B y trônait et l’adolescent Rodriguez aurait été happé comme il le fut en voyant ses premiers films de John Carpenter, dont Escape from New York. Ceux qui suivent sa carrière (From Dusk Till Dawn, Sin City, Spy Kids) ont compris qu’il ne s’en est jamais remis…

 

Est-ce si tragique ? Sûrement pas, et surtout à la lumière de Planet Terror (2007), reproduisant de façon minutieuse, pour ne pas dire maniaque, la manière brouillonne, expéditive et cacophonique de cinéastes sans moyens, budgétaires et parfois intellectuels. Tout comme lui, vous vous souvenez de ces productions où la violence est aussi gratuite que spectaculaire, les personnages esquissés au rouleau et le féminisme, une planète lointaine encore inexplorée.

 

On retrouvait aussi tout cela dans Machete (2010) et, devant le succès de ce film dominé par un tueur taciturne à la figure balafrée (Danny Trejo, un vieux complice de Rodriguez qu’il fait toujours bon retrouver), le revoilà dans Machete Kills. Tuer, il ne fait que cela, s’exprimant par monosyllabes ou dans des phrases massacrant les règles élémentaires de la syntaxe. Dans cet univers de trafiquants de drogue (excellent Demian Bichir dans un rôle absurde), de savants démoniaques (Mel Gibson à contre-emploi ?), d’amazones en cuirette (Michele Rodriguez, moins énergique que d’habitude) et de représentants de l’ordre (Charlie Sheen en président des États-Unis de type Tea Party, ici sous son vrai nom, Carlos Estevez, et la même autodérision), la frénésie est à son comble, de même que la bêtise pure.

 

Tout ce beau monde s’agite devant la crainte qu’un missile n’aboutisse sur la Maison-Blanche, cette catastrophe imminente donnant au film sa colonne vertébrale même si les entorses sont nombreuses, à commencer par ce personnage subtilement baptisé le Caméléon. Ses transformations physiques permettent à Rodriguez d’additionner les participations éclair, passant, par miracle autant que par magie, de l’allure de Cuba Gooding Jr. à celle de… Lady Gaga. Celle-ci devrait d’ailleurs visionner les derniers films de Madonna comme actrice, question de comprendre qu’une pop star ne peut tout faire, et bien faire, dans une carrière.

 

Même si certaines bandes dessinées résistent mieux à l’épreuve du réel que Machete Kills, le pur plaisir cinéphilique de cette pochade vaut son pesant d’or. Le filon risque même d’atteindre des niveaux cosmiques alors qu’une fausse bande-annonce (pellicule rayée à l’appui !) nous prévient que Machete pourrait s’envoler vers les étoiles. Considérant le nombre d’aberrations qu’il accomplit, et subit, sur terre, cette perspective apparaît franchement réjouissante.

 

 

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