Du quatrième pouvoir au septième art

À l’instar de son père, Michel Roy, et de son frère Patrice, à la barre du Téléjournal Montréal, Mathieu Roy a pratiqué le journalisme pendant une brève période au début des années 2000, avant de se tourner vers le cinéma.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir À l’instar de son père, Michel Roy, et de son frère Patrice, à la barre du Téléjournal Montréal, Mathieu Roy a pratiqué le journalisme pendant une brève période au début des années 2000, avant de se tourner vers le cinéma.

Difficile de ne pas parler du quatrième pouvoir avec Mathieu Roy, qui a pratiqué le journalisme pendant une brève période au début des années 2000, mais sans une dévorante conviction. Le réalisateur de L’autre maison, son premier long métrage de fiction, et de documentaires (dont le percutant Survivre au progrès), y revient pourtant, à sa façon, désireux de brasser la cage, de fouiller ses sujets, d’aller à la rencontre des autres.

 

Il faut préciser aussi que les journalistes ne manquent jamais de lui rappeler qu’il est le frère cadet de Patrice Roy, à la barre du Téléjournal Montréal d’Ici Radio-Canada Télé, et surtout le fils de Michel Roy, immensément respecté au sein de la profession. Car son père fut tour à tour, et pendant quatre décennies, reporter, directeur de l’information (notamment au Devoir), conseiller du premier ministre Brian Mulroney, ambassadeur, croisant sur sa route des figures mythiques comme André Laurendeau et René Lévesque.

 

La vie bien remplie de Michel Roy, entouré de sa conjointe et de leurs trois enfants (sa soeur Isabelle Roy est diplomate), s’est conclue dans un immense vide créé par la maladie d’Alzheimer. C’est ce trou noir de la mémoire que Mathieu Roy explore dans ce film mettant en vedette Émile Proulx-Cloutier, Roy Dupuis et Marcel Sabourin dans le rôle de… Michel Roy.

 

Il ne s’agit pas ici d’une boutade, tant cette première incursion du côté de la fiction, pour cet ancien assistant de François Girard et Martin Scorsese, lève le voile sur des aspects intimes de sa famille et des incidents inspirés du réel (dont le voyage de presse tragique de Patrice Roy en Afghanistan en août 2007, alors que le caméraman Charles Dubois en est revenu gravement blessé).

 

Le réalisateur est le premier à reconnaître les aspects biographiques de son film, insistant même sur une certaine véracité. Marcel Sabourin affirmait avoir été dirigé « au millimètre près », ce qui lui a tout de même valu un prix d’interprétation au FFM. Le cinéaste confirme la remarque. « J’ai vu mon père souffrir pendant longtemps de l’alzheimer, dit-il sur un ton moins enthousiaste que lorsqu’il cause cinéma. Je savais comment diriger Marcel pour reproduire ses mimiques, sa posture, son regard hagard, sa façon de marcher… Même certaines répliques sont des phrases dites par mon père. Ces détails donnent de la crédibilité au jeu. Mais je ne voulais pas que le personnage soit trop avancé dans la maladie. On sent qu’il marche sur un fil, entre l’absence et la lucidité. »

 

On pourrait croire qu’autant d’authenticité n’est possible qu’après le départ de ce père aimé et respecté, décédé le 8 septembre 2011. Mathieu Roy caressait depuis quelques années le projet d’évoquer ce dernier tour de piste de manière poétique, plantant ses trois personnages principaux, deux fils démunis face à un père en plein désarroi, dans un chalet près d’un lac et d’une nature luxuriante. « J’aurais quand même fait le film s’il avait été encore en vie », tient-il à préciser. La maladie faisait ses ravages alors que le cinéaste enchaînait les documentaires. « Intellectuellement, il était déjà parti. »

 

Mathieu Roy, lui, cherche plutôt à s’enraciner dans le milieu du cinéma, peu importe le genre. « Je veux faire des documentaires, mais aussi insérer mes préoccupations dans mes prochaines fictions. Je constate une déresponsabilisation des médias par rapport à beaucoup de sujets jamais discutés. J’ai envie de les ramener à l’avant-plan », dit celui qui prépare un film sur la présence des compagnies minières canadiennes au Congo. Comme quoi on ne quitte pas si facilement le journalisme.

 

 

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