Festival du nouveau cinéma, nous voici

Une scène du film d’ouverture, Triptyque, de Robert Lepage et Pedro Pires
Photo: Films Séville Une scène du film d’ouverture, Triptyque, de Robert Lepage et Pedro Pires

Ce mercredi s’amorce avec Triptyque le Festival du nouveau cinéma. Une 42e édition bien installée dans ses pantoufles pour autant ? Non, car ce rendez-vous cherche toujours à se brancher sur un monde en mutation. Claude Chamberlan, le directeur de la programmation au FNC, y voit flotter l’ombre du cinéaste John Greyson, avec les angoisses que sa détention en Égypte, comme celle de Tarek Loubani, lui ont causées. Il est un porteur de mémoire, Claude, qui concocte les hommages aux disparus. « On est fiers de notre édition, qui crée des ponts entre le passé et l’avenir. »

 

La cuvée est marquée par une forte présence québécoise, avec des oeuvres maison qui font éclater nos frontières. Dont Arwad, premier long métrage de Dominique Chila, entre Montréal et une petite île de la Syrie, film en trois temps, au passé et au présent entrelacés, aux racines culturelles enchevêtrées. Le directeur général, Nicolas Girard Deltruc, vous dira aussi que l’affiche du FNC, avec ses personnages endimanchés du col, à moitié déshabillés quant au reste, donne la couleur du temps et reflète la programmation, où la sexualité s’éclate sans frontières de genres. « On voit des gens qui se regardent autrement, cherchent à aller plus loin, au-delà des apparences, dit-il. Beaucoup de cinéastes sont également les auteurs de leurs films. Ils posent un regard extérieur sur la société et abordent la question de l’identité sexuelle. Ça prend des années à faire un film. Ils montrent ainsi leur avant-gardisme, en livrant les oeuvres au moment où ces questions se posent avec acuité. Comme à Cannes, quand La vie d’Adèle remportait la Palme d’or le jour d’une grosse manifestation contre le mariage gai à Paris. Sarah préfère la course de Chloé Robichaud aborde ce même flottement d’identité sexuelle, tout comme L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie et Tom à la ferme de Xavier Dolan. Gonzo, mode d’emploi de John B. Root, dans la section Temps 0, montre à quel point les acteurs des films pornos vont au travail, démystifiant le métier. Le film de clôture,La danse de la réalité d’Alejandro Jodorowsky, d’après son autobiographie, remonte la construction de son imaginaire à travers les rapports qu’il eut avec son père. La question de l’identité se pose partout. »

 

Nicolas Girard Deltruc est fier des projections extérieures. « En s’inspirant de la Piazza Grande à Locarno, si animée, on a voulu faire des présentations originales cette année au parterre du Quartier des spectacles, explique-t-il. C’est la première fois qu’on en organise l’automne et elles seront accompagnées par leurs artisans. Par ailleurs, en changeant la billetterie, en désengorgeant l’accès aux films, on s’arrange pour que le festival soit à l’image de ce qu’il présente sur les écrans. Pour 2015, on veut mettre en place un marché du film. »

 

Claude Chamberlan assure qu’il n’est pas plus difficile aujourd’hui qu’hier d’obtenir les droits des films. Certains lui ont échappé ; c’est le lot habituel. Pas d’Enemy de Denis Villeneuve ou de Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée, films en anglais de nos compatriotes. « Mais je suis passé à deux doigts d’avoir 12 Years a Slave de Steve McQueen… » C’est le gros film attendu en haut de la course aux Oscar (aux côtés de Gravity d’Alfonso Cuarón). L’an dernier, Claude Chamberlan avait pu présenter Life of Pi, qui valut par la suite à Ang Lee l’Oscar du meilleur réalisateur.

 

En ouverture ce mercredi, donc : Triptyque de Robert Lepage et Pedro Pires, d’après la pièce de Lepage Lipsynck, en trois temps et trois villes : Québec, Londres, Montréal, sur de magnifiques images et un ton général assez cérébral, à l’exception du personnage troublant d’une libraire schizophrène jouée par Lise Castonguay.

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