Expérience puissante sur un scénario ténu

La dernière partie du film ne repose que sur les épaules de Sandra Bullock, qui s’en tire très bien.
Photo: Warner bros. La dernière partie du film ne repose que sur les épaules de Sandra Bullock, qui s’en tire très bien.

Superproduction de l’automne, avec des acteurs en apesanteur et de spectaculaires effets de l’espace, Gravity fera courir les foules.

 

Cinéaste mexicain polyvalent autant derrière la comédie Y tu mamá también que derrière Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (le meilleur de la série) ou le thriller futuriste Children of Men, Alfonso Cuarón, avec Gravity, s’impose comme le nouveau James Cameron, celui qui repousse les frontières technologiques au cinéma. Il force du coup le spectateur à courir les salles obscures, car ce film ne doit être vu que sur grand écran et en 3D. Le télécharger serait dérisoire. On s’attend à un lot d’Oscar pour la technologie et, si la balance de l’Academy penche du côté de l’exploit plutôt que du côté d’un scénario bétonné, à un lot d’Oscar tout court.

 

Le film entend suivre à sa manière les pas de The Tree of Life de Terrence Malick (un même directeur photo : Emmanuel Lubezki) et, avant lui, du grand modèle : 2001: Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en faisant un film qui repose davantage sur sa poésie visuelle que sur l’intrigue et les dialogues. Vieux rêve du 7e art qui cherche depuis toujours à échapper aux codes du théâtre et de la littérature…

 

Avec l’aide de la NASA, quatre ans et demi de travail, dont un an et demi en postproduction, Cuarón a réalisé cet ovni, coscénarisé avec son fils Jonàs. Le tournage, particulièrement éprouvant pour les deux acteurs dans leurs tenues d’astronautes en apesanteur dans de petites boîtes, est aussi un huis clos de claustrophobie. On pense à 127 Hours de Danny Boyle, dans lequel le personnage joué par James Franco, prisonnier d’une crevasse de canyon en Utah, tenta le tout pour le tout afin de sauver sa vie.

 

Mais loin de la faille rocheuse aux dimensions réduites, l’action de Gravity se situe, avec la planète Terre en décor de premier plan, dans l’espace infini, plus désert qu’un désert quand ça se morpionne.

 

Voici l’entrée en orbite du docteur Ryan Stone (Sandra Bullock), en baptême de l’espace, pour entretenir le télescope Hubble avec un vieux routier astronaute (George Clooney), nommé Kowalski comme le personnage de Stanley dans Un tramway nommé Désir. Et le pire arrive. « Houston, we have a problem ! »

 

Des débris d’un autre satellite en explosion démolissent la navette, Houston ne répond plus et nos deux cosmonautes dérivent tandis que les ressources en oxygène se raréfient.

 

Comment se sortir de là ? Gravity, à travers une série de rebondissements semant tour à tour l’espoir et le désespoir (ils s’enfoncent dans l’espace avec leurs seules combinaisons, elle squatte une station chinoise, se repropulse avec les moyens du bord, etc.), se veut aussi une fable sur le combat pour la vie en des situations extrêmes. Voici le spectateur confronté, par effet miroir, à ses pires terreurs, dans cet environnement magnifique et hostile qui l’accueille dans un bain d’immersion, l’effet 3D venant parfaire l’illusion d’en être.

 

Gravity offre une expérience puissante, réussie, sur un scénario ténu. La dernière partie du film ne repose que sur les épaules de Sandra Bullock, qui s’en tire très bien. Clooney n’a que quelques plaisanteries et pirouettes matamores à lancer en pâture. On ne parle pas de prouesses d’interprétation, de toute façon. C’est une épreuve d’endurance que le duo d’acteurs dut subir. La forme physique était requise, et Bullock avait le côté athlétique de l’emploi. Il y a un effet Nikita dans sa façon d’échapper au feu et autres catastrophes dans la navette en implosion, et à l’eau dans la capsule immergée.

 

Alfonso Cuarón mise sur l’aspect métaphorique de l’expérience : une femme blessée par la vie se dépasse pour s’autoriser un nouveau départ. Mais c’est bel et bien la prouesse technologique du film qui épate, aussi le rythme qui ne décroît jamais, la tension dramatique de l’action pure et un montage qui glisse. Bien évidemment, on saluera la caméra d’Emmanuel Lubezki, la musique de Steven Price qui appuie l’action sans la noyer ; mais au final c’est la mise en scène de Cuarón, par-delà les immenses difficultés techniques traversées, qui constitue la vraie leçon de maîtrise de ce film atypique.

 

 

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