Sébastien Ricard à travers les brumes gaspésiennes

Le dernier long métrage de Catherine Martin (à droite) met en vedette Sébastien Ricard et Ariane Legault.
Photo: François Pesant Le Devoir Le dernier long métrage de Catherine Martin (à droite) met en vedette Sébastien Ricard et Ariane Legault.

Dans ce beau film sauvage et douloureux, Sébastien Ricard incarne Serge, un fermier gaspésien misanthrope, touché par la grâce d’une jeune fille réfugiée chez lui, son âme soeur. Ça se déroule sous le soleil et la pluie, parfois le vent du large, sous la lumière d’automne, et le langage des corps, des regards et de la musique est souvent plus éloquent que celui des mots. Catherine Martin (derrière Mariages, Trois temps après la mort d’Anna, etc.) explore une fois de plus la poésie des non-dits, les mystères.

 

« Avec Ariane Legault, dès les premières scènes, j’ai su que c’était ça, explique Ricard. Elle est une fille d’instantanéité, disponible, capable d’aller loin. Il fallait investir le moment le plus possible et la chimie fonctionnait entre nous. »

 

Rôle de maturité

 

Lui qui fut le Dédé Fortin de Dédé à travers les brumes, couronné aux Jutra, était déjà de la distribution d’Octobre de Pierre Falardeau, puis dernièrement dans Avant que mon coeur bascule de Sébastien Rose, en ce moment dans le fameux Gabrielle de Louise Archambault, en Raphaël, le copain qui s’ennuie au loin de Sophie, la soeur de l’héroïne. On l’a vu beaucoup à la télé à travers Fortier, Tabou, Les hauts et les bas de Sophie Paquin, etc.

 

Entre son métier d’acteur et celui de rappeur au sein du groupe Loco Locass, artiste engagé, l’expérience, le cours de la vie le transforme aussi.

 

Rôle de maturité que celui de ce Serge, ancré en lui-même, qui peu à peu s’ouvre à une autre solitude ? « Il s’agit peut-être de mon premier vrai rôle d’homme adulte à l’écran, répond-il. Et ce n’est pas un hasard. J’ai 41 ans, deux enfants… »

 

Sébastien Ricard, à l’heure de se laisser diriger par Catherine Martin, a songé à quel point le cinéma était un monde d’hommes. « Je la trouvais courageuse juste d’être là. » Il la jugeait précise, ultra préparée, aimait ses longs plans-séquences et ses cadrages qui lui rappelaient à quel point le cinéma peut se coller à la peinture, au portrait. Il la sentait inquiète aussi, mais cherchait et trouvait son propre espace de liberté dans l’enfermement du rôle. À ses yeux, Serge, par la précarité de sa situation (doit-il garder la ferme ancestrale ? la vendre ?), fait écho à un Québec à la croisée des chemins.

 

Proche de lui, cet être de peu de mots, qui trouve son bonheur dans une ferme ? Il dit aimer se retirer, mais posséder surtout un côté Philinthe, le contre-pied du sauvage Alceste dans Le misanthrope de Molière. « N’empêche qu’Une jeune fille a fait souffler sur moi et l’équipe un vent d’isolement propice à l’esprit de corps comme à la réflexion solitaire. Les paysages d’automne gaspésiens sont une source d’inspiration extraordinaire. »

 

Deux mondes

 

Il dit goûter l’économie de paroles de son personnage. « Ça fonctionne bien pour moi. Déjà, dans la série Tabou, j’avais ce registre-là. »

 

Pourtant, Sébastien Ricard habitait chez un vieil agriculteur qui parlait d’abondance. « Les gens de la terre ont une présence au monde qui leur est propre, qu’ils soient volubiles ou pas. Celui-ci nous racontait le jour où il avait mis ses bestiaux en vente à l’encan, avec tant d’émotion. Mais sa fille a repris la ferme depuis. Cet homme avait connu plusieurs combats. Son rapport aux choses et aux êtres me fécondait. »

 

Il tourne dans Antoine et Marie, un film de Jimmy Larouche, qui l’avait déjà mis en scène dans La cicatrice, et jouera dans Forget Me Not de François Delisle. En attendant, il fait une tournée avec Loco Locass dans l’est du Québec et aime conserver le meilleur des deux mondes.