Jane Austen après la lettre

Côté littérature, Jerusha Hess semble bien connaître ses classiques. Et tout particulièrement l’oeuvre de Jane Austen, qui fournit enjeux et motifs à Austenland, comédie sentimentale tirée du roman de Shannon Hale centrée sur une Américaine célibataire qui rêve d’un Darcy juste pour elle. Visiblement, c’est le cinéma qui échappe à la cinéaste, réputée pour ses scénarios de Napoleon Dynamite et Nacho Libre. En fait foi sa mise en scène indigente et inexpressive, boîte à savon d’un scénario verbomoteur qui, assez habilement, cependant (quoique le mérite revient au roman), emmêle et transpose dans le monde contemporain les intrigues d’Orgueil et préjugés, Emma et Mansfield Park.

 

L’héroïne d’Austenland, convenablement défendue par Keri Russell, s’appelle - êtes-vous bien assis ? - Jane. Déçue par l’amour et convaincue qu’hier vaut mieux que demain, la jeune trentenaire s’envole pour l’Angleterre, où elle s’offre un séjour onéreux dans un parc thématique où le personnel cultive l’illusion et où les clients font l’expérience de la vie au temps de la Régence anglaise. Au lieu de rompre l’illusion, la présence en ces lieux d’une Américaine fortunée et vulgaire (l’impayable Jennifer Coolidge, incarnation botoxée de Miss Piggy) la renforce en devenant l’Emma confidente et compatissante de Jane, bas-bleu désigné par la modestie de son forfait de vacances, dont le coeur balance entre un gentleman arrogant (JJ Field) et un garçon d’écurie attentionné (Bret McKenzie). Vous avez compris où ça s’en va…

 

L’idée de départ n’est pas bête du tout. Les thèmes chers à Austen (la duplicité, les clivages sociaux, l’égalité des sexes) sont universels et ses satires à la fois douces et féroces sonnent vrai, deux siècles après leur création. Mais Austenland stoppe la réflexion au constat, transpose les enjeux sans même donner un aperçu des idées qui lui servent de fondation. Plus décevant : le film de Jerusha Hess donne moins le goût de lire Jane Austen que celui de revoir la télésérie Orgueil et préjugés produite en 1995 par la BBC. À cet égard comme à tant d’autres, Bridget Jones’s Diary faisait un meilleur travail.

 

 

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