Paris à tout prix, ou l’identité d’une auteure

Stéphane Rousseau incarne Nicolas, le patron créateur de mode de Maya, une jeune professionnelle imaginée et incarnée par son amoureuse Reem Kherici.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Stéphane Rousseau incarne Nicolas, le patron créateur de mode de Maya, une jeune professionnelle imaginée et incarnée par son amoureuse Reem Kherici.

Elle a l’air ravie, Reem Kherici. Contagieuse, sa bonne humeur apporte un supplément de chaleur au décor « ultra nec plus » d’Attraction communications, sis au 8e étage d’un vaste immeuble du Mile-End. Pour le compte, Reem Kherici a de quoi pavoiser. En effet, Paris à tout prix, son premier long métrage en tant que réalisatrice (et coscénariste et vedette), est en tête du box-office à Paris depuis neuf semaines. Pour en assurer la promotion au Québec, la jeune femme n’a pas eu à voyager bien loin, puisqu’elle vit ici une partie de l’année avec son compagnon Stéphane Rousseau, qui lui donne la réplique dans le film.

 

Paris à tout prix relate les mésaventures de Maya, une styliste parisienne qui pourrait en remontrer aux protagonistes de la série Sexe à New York et à celles du film Le diable s’habille en Prada. Boulot glamour, frusques et godasses assorties : Maya mène la grande vie d’une « jet-setteuse », mais elle bosse, beaucoup, et passionnément. Et voilà que lors d’un contrôle routier, un policier lui apprend que son permis de séjour est périmé. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire Gucci, voilà la belle dans un avion pour le Maroc, pays d’origine qu’elle a quitté il y a 20 ans.

 

Pur sucre

 

De ce côté-ci de l’Atlantique, on a vu Reem Kherici dans la comédie satirique OSS 117 : Rio ne répond plus. Française pur sucre née à Neuilly-sur-Seine, elle arbore un héritage tuniso-italien séduisant. C’est d’ailleurs lors d’un voyage en Tunisie, d’où vient son père, qu’a germé l’idée de Paris à tout prix.

 

« Je me rendais à un festival de films là-bas. J’arrivais comme ça, à la douane, avec ma valise Louis Vuitton, les cheveux bien coiffés, les talons et tout, raconte-t-elle avec une bonne dose d’autodérision. Quand le douanier s’est adressé à moi en arabe, je lui ai montré mon passeport français, un peu pétasse dans l’attitude. “Reem Kherici, c’est un nom arabe”, qu’il a insisté. Plus tard, je me suis prise à imaginer ce qui arriverait si j’étais forcée de quitter Paris pour aller vivre en Tunisie. »

 

Pourquoi le Maroc plutôt que la Tunisie, alors ? « Pour le début du film, je voyais un Paris froid, bleuté. En deuxième partie, je voulais des panoramas chauds et colorés. La Tunisie, c’est magnifique, mais c’est très bleu, comme la Grèce. Le Maroc m’offrait une esthétique plus chatoyante. »

 

Un contre-emploi

 

« J’ai vu évoluer le projet depuis le début, confie de son côté Stéphane Rousseau, qui joue Nicolas, le patron créateur de mode de Maya. Je voyais Reem et ses amis travailler sur le scénario et les personnages. J’avais envie d’en être, évidemment, mais en même temps, je ne voulais pas être plaqué dans l’histoire sous prétexte que nous formons un couple. » Qui plus est, avec ses spectacles qui le tiennent très occupé, l’acteur-humoriste ne disposait pas de beaucoup de temps.

 

« Nicolas est un rôle secondaire, mais il représentait un contre-emploi stimulant. J’aurais pu le jouer “grande folle”, mais on a plutôt opté pour l’ambiguïté. Au départ, Nicolas donne l’impression d’être un boss tyrannique. Or il est juste très professionnel et très exigeant.» Pour se préparer, Stéphane Rousseau, artiste visuel à ses heures, a entre autres étudié Karl Lagerfeld, qui dirige la maison Chanel d’une main de fer.

 

Air du temps

 

Gros succès en France, donc, pour Paris à tout prix, et ce, en dépit d’une année jugée catastrophique pour le cinéma hexagonal. Chance de la débutante ? Le cinéma demeure une industrie et ce genre d’adage n’y a guère sa place. Avec sa question identitaire prédominante, le film tombe pile dans l’air du temps.

 

« En France, on expulse énormément de gens de la sorte. Les contrôles sont plus stricts. Dès qu’on a les cheveux foncés et la peau mate, on part avec un handicap. Je ne veux pas trop m’avancer sur le terrain politique, mais disons que la popularité d’un parti d’extrême droite comme le Front national, ça fait peur. Je suis Française, et ces gens-là ne me reconnaissent même pas comme telle. »

 

Avec son identité qui tient à un bout de papier arbitrairement accordé ou retiré, le personnage de Maya a visiblement trouvé un écho auprès du public. Quant à Reem Kherici, Paris à tout prix lui aura permis d’affirmer la sienne, d’identité, en tant qu’actrice, scénariste et réalisatrice. Une identité multiple, en somme, comme son héroïne.

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1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 septembre 2013 18 h 11

    Bon article

    Il faut écrire: «Elle a l’air ravi» et non «Elle a l’air ravie».