Entrevue - Capter le mystère, selon Catherine Martin

Le dernier long métrage de la cinéaste Catherine Martin, Une jeune fille, est lancé en première mondiale au TIFF. La nature y est reine et la poésie des non-dits dresse le portrait de deux êtres qui s’apprivoisent.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le dernier long métrage de la cinéaste Catherine Martin, Une jeune fille, est lancé en première mondiale au TIFF. La nature y est reine et la poésie des non-dits dresse le portrait de deux êtres qui s’apprivoisent.

Elle se sent appréciée dans ce festival-là. « Depuis Les dames du 9e étage[1998], Toronto a présenté tous mes films sauf un court métrage. » Cette fidélité-là, l’accueil qu’on lui réserve, plaît à Catherine Martin. «Ils suivent tellement mon travail, à Toronto!» La cinéaste de Mariages est une femme discrète qui préfère la création aux flonflons promotionnels.

 

Son dernier long métrage Une jeune fille se voit lancé au TIFF en première mondiale. Elle qui cherche des vérités fragiles, cachées sous les voiles, se découvre devant public.

 

On y découvre Chantal, une adolescente secrète (Ariane Legault). À la mort de sa mère, elle quitte la ville et un père incompétent, avec une photo en poche laissée par la disparue : une plage en Gaspésie. La voici là-bas, vite accueillie par Serge, un fermier solitaire (Sébastien Ricard).

 

Départ et poésie

 

A priori, le thème évoque son précédent Trois temps après la mort d’Anna : un départ après un deuil, loin de la ville, suivi d’une rencontre improbable. Mais Une jeune fille porte sa propre griffe, dégage une poésie plus forte, à cause du poids sensible des non-dits. La nature est reine, et la caméra de Mathieu Laverdière regarde au loin. On sent l’air du large dans ce film tourné en Gaspésie, mais aussi l’enfermement d’une maison de reclus. « J’ai choisi de rendre visuels et sensoriels des éléments dramatiques. Car je crois au mystère du cinéma », dit Catherine Martin.

 

Le film parle de résistance contre l’exode des campagnes, de filiation, de solitude et de la rencontre impossible, qui survient pourtant. Une jeune fille est le meilleur film de Catherine Martin depuis Mariages, mais son ambiguïté pourrait désorienter des spectateurs.

 

Ariane Legault avait 14 ans au moment du tournage. La cinéaste précise avoir évacué volontairement son statut de mineure. « Je refusais qu’on mette l’accent là-dessus pour montrer plutôt l’apprivoisement de deux êtres, au plan spirituel, au sein de quelque chose de plus grand qu’eux. Ils sont de la même eau. Ce sont des âmes soeurs. Mon regard n’est pas social. Il est poétique. Une jeune fille découvre le monde. Le reste n’existe pas. Ce monde, Chantal le porte en elle. Le hors-champ est le champ. »

 

Elle a voulu s’éloigner de la parole, avec ces êtres de peu de mots. Un écho à ses documentaires, tel L’esprit des lieux, sur Charlevoix, en images retrouvées, commentées. « En tant que fille de la ville, j’en suis encore à rendre hommage à ces gens qui habitent la terre. Hommage aussi à la série de documentaires Profils paysans de Raymond Depardon. Dans un de ces films exceptionnels, un fermier solitaire m’a inspiré le profil de Serge. Il était beau lui aussi. Je suis fascinée par les êtres qui se coupent du monde, les reclus. Sébastien Ricard, avec son engagement, son intensité, porte cette dimension en lui. Quant à Ariane Legault, sa maturité, la compréhension dans son regard, l’entraîne vers l’intérieur. »

 

Le film est un signal, un appel d’air. « Et une oeuvre plus contemplative que je ne l’avais imaginé au départ,confesse la cinéaste. Chacun va vers quelque chose, sans savoir quoi, comme la plupart d’entre nous, en somme… »