À voir le dimanche 8 septembre - L'humain sous microscope

Un médecin légiste, un commissaire et un procureur roulent avec un meurtrier en quête d’un cadavre enterré quelque part dans la steppe. Ce film, qui fait 158 minutes, est le chef-d’oeuvre du cinéaste turc derrière Uzak et Les trois singes, avec des scènes aux plans d’une stupéfiante beauté, presque toutes tournées de nuit. Il s’agit d’un film sur l’âme et sur la lumière, à admirer comme on admire des toiles et à saisir au vol dans son humour noir.

La lente mise en situation en déroutera plusieurs, tant Bilge Ceylan joue avec les nerfs des spectateurs et ne leur épargne aucun détail. Certains crieront grâce. Le paysage change à peine, la quête du cadavre paraît infinie, mais peu à peu – et il avait raison d’étirer la sauce –, les personnages se révèlent en creux. Place à un univers d’hommes privés de femmes. Pourtant, ce sera en définitive un film sur elles, à travers les regrets, les silences, les échecs amoureux de ces antihéros.

Une séquence incandescente, vraie pièce d’anthologie, montre, lors d’une escale, ces visages burinés torturés par leur conscience ou leurs souvenirs, sonnés au spectacle d’une très belle jeune fille qui leur sert le thé. Cette figure de l’éternel féminin et de la grâce, mirage d’eau pure devant des assoiffés, révèle et affole les détresses de chacun. Tant le procureur hanté par un drame conjugal que l’accusé privé d’avenir, tant le commissaire drapé dans ses certitudes que le médecin muré dans ses secrets se dévoilent par fragments à travers le spasme de paroles échangées, les regards. Dans le cabinet du médecin légiste, dont les instruments vétustes montrent les carences de la société turque, les gestes disent le détachement devant la mort.

Le cinéaste refuse d’être le deus ex machina qui révèle davantage au spectateur que ce dont il est témoin. Il laissera jusqu’au bout planer l’un des mystères dans cette lancinante tragédie qui se joue devant nos yeux sans se dénouer. On capte des informations au hasard, comme à l’écoute d’une conversation de passants aux comportements parfois erratiques.

Nuri Bilge Ceylan observe dans tous ses films l’humain sous son microscope. Ici aussi, les non-dits dominent. Il laisse la nature surmonter les destins pitoyables des hommes avec un oeil plein d’ironie et des plans si beaux qu’ils nous consolent presque de toutes ces souffrances.

À voir en vidéo