Ouverture du 38e Festival de Toronto - Wikileaks en mode mineur

Toronto — Le TIFF n’a pas toujours été très inspiré pour ses films d’ouverture. On a connu dans le passé certaines entrées catastrophes dont Score: A Hockey Musical et Passchendale, du temps où le morceau d’envoi du rendez-vous se voulait à tout prix canadien. Tel n’est plus le cas. Le star-system s’invite à la grande réception du démarrage. Jeudi, à la première séance du soir, au magnifique Elgin Theater centenaire cette année comme l’Impérial de Montréal, la salle était bondée. Davantage encore à la chic projection officielle devant un film d’époque: la nôtre.

En s’inspirant beaucoup de The Social Network sur la naissance de Facebook, mais en tombant parfois dans les travers du film trop troué sur Steve Jobs, Bill Condon livrait jeudi soir son film axé sur les révolutions technologiques du millénaire. Il y en a beaucoup.

Cette fois, le héros, croqué vif et saignant, est Julian Assange, l’âme de Wikileaks, qui vira la planète diplomatique à l’envers et la Maison-Blanche au milieu. 

Pour être collé à son temps, il l’est, ce film-là. Bradley Manning, il ou elle, vient d’être condamné à 35 ans de prison pour avoir révélé des secrets d’État à Wikileaks, la demande d’asile d’Edward Snowden, autre gorge profonde de l’histoire, releva ces derniers mois de la saga médiatique et Assange vit toujours à Londres dans l’ambassade de l’Équateur, pour éviter l’extradition sous des allégations d’agressions sexuelles.

Plutôt une adaptation

Ce film, une adaptation plus qu’une reconstitution, n’est pas mauvais, plutôt terne. L’Américain Bill Condon avait mis au monde notamment deux Twilight et le film Dreamgirls sur les Supremes. On le classerait davantage dans la catégorie des bons exécutants que des cinéastes inspirés.
 
Le Britannique Benedict Cumberbatch dans la peau du blanc Assange se révèle convaincant, entre le visionnaire et le caractériel, capté dans ses contradictions et capable de naviguer entre toutes les eaux. Condon condamne son héros plus qu’autre chose: génie soit, mais dominé par son ego démesuré, ange exterminateur. 

Autour du prophète: l’état major. Daniel Brühl, grand acteur allemand, incarne le premier lieutenant Daniel Domscheit-Berg, aux côtés du Britannique David Thewlis. Laura Linney est de la partie, aussi Stanley Tucci, mais tous sans étincelles vraiment. Même Brühl paraît éteint. Tel est l’effet que devait provoquer le vrai Julian Assange sur ses proches: les envoyer à l’ombre. Mais dans un film, ça manque de piquant.

Bien sûr, avec une lumière braquée sur la cellule de Wikileaks, on apprend des détails sur les crises internes, les conflits de conscience et les sabotages entre amis, même si le gros de l’histoire était déjà largement médiatisé. Des tirades de Julian Assange sur les causes de son combat — liberté, ouverture, dénonciation d’abus et de corruption, etc. — semblent parfois appuyées, ses colères aussi. Non, Condon ne l’a pas ménagé…

À travers la planète, de Berlin au Caire, en passant par l’Islande, la France, la Libye et moult pays d’Afrique noire, les lieux de l’action se multiplient à la vitesse de Twitter, tous écrans unis, avec des textes alignés, des graphiques, des vidéos. Air connu. Rien ne sonne neuf dans ce traitement d’une aventure en soi palpitante, qui, faute de trouver son rythme et sa texture, s’éternise.  À travers cette tournée planétaire, on n’entend que l’anglais même en fond sonore — à l’exception du Caire —, accentuant le caractère factice du ton. Ce n’est que du cinéma, mais sur ce plan, aucune prouesse non plus.

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