Le terrain de la réconciliation

Marie-Jo Thério, André Kasper Kolstad et Frédérique Cyr-Deschênes tournent la scène de la réconciliation.
Photo: Jean Demers Marie-Jo Thério, André Kasper Kolstad et Frédérique Cyr-Deschênes tournent la scène de la réconciliation.

Richibouctou-Village, N.-B. — Un terrain de baseball, un club de l’âge d’or, la nature tout autour et la mer toute proche. L’équipe du producteur Rock Demers ne pouvait trouver mieux que ce petit coin du Nouveau-Brunswick pour tourner La gang de hors-la-loi, où des jeunes s’allient aux vieux pêcheurs du village pour reconquérir le terrain menacé de devenir un dépotoir.

 

Douze enfants, la moitié venue du Québec et l’autre recrutée au Nouveau-Brunswick, forment l’essentiel de la distribution de ce 24e Conte pour tous, comme le veut le genre. À leur tête, le petit Nicolas (André Kasper Kolstad), 12 ans, est passionné par le sport de balle que pratiquait son père, pêcheur emporté par la tempête.

 

Il est donc bien déterminé à sauver ce terrain de jeu et de mémoire, avec ses amis Keiko (Any Jeanne Savaria) et Tiger (Charles Gillepsie). Mais une autre conquête se profile derrière cette lutte : réconcilier sa mère et son grand-père, en froid depuis la mort de son père.

 

« Nicolas essaie de faire arrêter de boire son grand-père », raconte au Devoir le jeune comédien André Kasper Kolstad, qui joue ici le plus important rôle de sa courte vie. Il le voit en cachette de sa mère, ajoute-t-il, à l’heure du lunch dans le club de l’âge d’or devenu centre de production, d’habillage et cafétéria de l’équipe.

 

« C’est à travers le baseball que les deux vont se revoir et se souder un peu plus, poursuit Guy Thauvette, interprète du grand-père devenu alcoolique après avoir assisté, impuissant, à la mort de son fils en mer. Et c’est par le regard de Nicolas que le vieux Jérémie va se retrouver, se réhabiliter à lui-même. »

 

« Cet élément dramatique est très important, dira un peu plus tard le réalisateur Jean Beaudry. Ça donne une profondeur à ce conte qui est plus grand que juste l’histoire de baseball. »

 

Ce 25e et quasi dernier jour de tournage, où Le Devoir visite le plateau sous un soleil radieux, on immortalise d’ailleurs la scène de la réconciliation avec la mère de Nicolas, Marie-Jeanne (Marie-Jo Thério), près de la cabane du marqueur.

 

D’autres sites le long de la côte néo-brunswickoise complètent le décor de ce village non identifié dans le film - un vieux bateau échoué sur la plage de Cap-Lumière qui sert de repaire aux enfants, un hôtel à Bouctouche, un quai à Cap-Pelé.

 

Il a fallu 14 ans à Rock Demers (auquel se sont joints les producteurs Chantal Lafleur, Clarence Leblanc et François Savoie) pour donner vie à ce film. Adaptée du roman de Lance Woolaver, la première mouture était coscénarisée par l’auteur et André Melançon (La guerre des tuques et Bach et Bottine). Le projet de quatre millions de dollars n’a pas trouvé son financement. Puis, Melançon l’a repris tout seul pour en faire un film en français. C’est Jean Beaudry qui finira de l’écrire et assumera la réalisation, avec un budget révisé à 2,3 millions.

 

Contes pour tous et sans fin

 

Véritablement lancée avec La guerre des tuques en 1984, la série des Contes pour tous ne semble pas près de s’essouffler, même si le financement s’avère de plus en plus difficile, selon Rock Demers. Tant que « le concept fonctionne et [que] le public suit », dit celui qui reçoit des projets à la pelle. Les derniers atterris sur son bureau venaient de l’Inde, du Liban. Les favoris incluent le troisième volet des Aventuriers du timbre perdu et un projet de Kim Nguyen. Déjà, La guerre des tuques en animation 3D est dans le collimateur. « L’idée, c’est de proposer aux enfants autre chose que du cinéma hollywoodien, de leur offrir des modèles auxquels ils peuvent s’identifier et des valeurs qu’on a envie de leur donner », résume bien Jean Beaudry, qui a déjà réalisé Pas de répit pour Mélanie en 1990 et Tirelire, combine et cie en 1992.

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