Wim Wenders: une âme tridimensionnelle

Tourné au Québec, le prochain film de Wim Wenders, qui met en vedette James Franco, a été réalisé dans une démarche mariant science et poésie.
Photo: Donata Wenders Neue Road Movies Tourné au Québec, le prochain film de Wim Wenders, qui met en vedette James Franco, a été réalisé dans une démarche mariant science et poésie.

La scène se déroule au Théâtre Outremont, avenue Bernard Ouest à Montréal. Sur scène, un Patrick Watson complètement investi chante une nouvelle composition. Dans la salle, dos à la caméra, l’actrice Marie-Josée Croze et le comédien James Franco écoutent, attentifs. Puis, sans crier gare, ce dernier s’excuse d’un murmure, se lève et sort. En coulisses, le réalisateur Wim Wenders semble satisfait. Prise deux, prise trois, au cas où.

 

La visite de plateau organisée par la production du film Everything Will Be Fine a quelque chose de surréaliste. Installés au balcon, on voit en contrebas les musiciens et le public (des figurants). Munis de lunettes 3D, on suit simultanément l’action en train d’être filmée à mesure qu’elle progresse, sur un immense écran de télévision 3D. Par le jeu de la mise en abîme, c’est comme si la réalité devenait encore plus « réelle » une fois filtrée à travers le prisme de la 3D. Pour le compte, c’est un peu le pari de Wim Wenders, qui, après en avoir brillamment tâté de cette technologie dans le film d’essai Pina, l’applique cette fois à une oeuvre de fiction, le récit d’un écrivain, Thomas (James Franco), qui, après avoir accidentellement causé la mort d’un enfant, va d’introspection en quête existentielle.

 

« La technologie 3D demeure sous-utilisée et sous-évaluée, croit l’auteur de Paris, Texas. Son potentiel a été peu exploité. J’ai vraiment aimé Avatar. Il s’agit selon moi d’une oeuvre visionnaire ; elle a transformé le cinéma. La pléthore de films 3D qui a suivi s’est toutefois avérée très décevante. Pour peu que l’histoire ait une relation significative avec l’espace, la 3D constitue un outil qui peut être utilisé à des fins dramatiques insoupçonnées. Ce que je cherche à faire dans Everything Will Be Fine, c’est d’amplifier la réalité en allant au plus près du protagoniste. J’espère atteindre un niveau de proximité inédit. » On pourra ainsi voir le monde tel que Thomas le perçoit lors de certains passages clés.

 

Le siège de l’âme

 

Rencontré un peu plus tard, James Franco (Milk, Oz le magnifique), la vedette du film, avoue avoir été séduit par la démarche de Wim Wenders, qui marie science et poésie. « C’est un projet inusité : on tourne un drame psychologique intimiste en 3D. Habituellement, cette technologie-là sert à rehausser les scènes d’action ou d’effets spéciaux, à augmenter le facteur “spectacle”. Ici, Wim propose rien de moins que de révéler l’âme des personnages. » Vaste programme.

 

C’est notamment à cause de ce parti pris artistique potentiellement casse-gueule que Wim Wenders souhaitait tant s’assurer la participation de Marie-Josée Croze, qui joue Anne, la seconde épouse de Thomas. « La 3D révèle tout. Chaque geste est amplifié et toute exagération devient catastrophique à l’image. Il ne faut donc pas jouer, il faut être le personnage. Marie-Josée accomplit cela d’instinct. Il y a quelque chose d’extrêmement honnête dans le jeu de Marie-Josée », estime le cinéaste.

 

Installée en France depuis une dizaine d’années, la comédienne québécoise mène là-bas une carrière internationale distinguée. Dès qu’il l’a vue dans Les invasions barbares de Denys Arcand, qui a valu à Marie-Josée Croze le Prix d’interprétation féminine à Cannes, Wim Wenders a voulu travailler avec elle, un désir exacerbé par la performance subséquente de l’actrice dans Le scaphandre et le papillon, de Julian Schnabel. Le rôle d’Anne lui a été offert, sans audition.

 

« Ce courriel-là, je ne l’ai pas effacé ! Wim fait partie de ces réalisateurs avec qui je n’aurais jamais osé même rêver de collaborer, confie Marie-Josée Croze (qui vient par ailleurs de retrouver Denys Arcand pour le film Deux nuits). Et ça se passe merveilleusement bien. C’est un être qui possède une spiritualité, une humanité… Il correspond parfaitement à l’idée que je me faisais de l’auteur des Ailes du désir : solitaire mais à l’écoute - rien ne lui échappe ; généreux… Oui, il dégage une grande bonté. »

 

Everything Will Be Fine met également en vedette Charlotte Gainsbourg (L’effrontée, Antichrist) et Rachel McAdams (Minuit à Paris, À la merveille). Le tournage se poursuit à Montréal et à Saint-Placide, près d’Oka, jusqu’à la fin du mois de septembre. L’équipe sera de retour en février pour trois semaines additionnelles, le début de l’intrigue se déroulant en hiver. Une coproduction entre la société québécoise Montauk et la compagnie berlinoise Neue Road Movies, le film prendra l’affiche en 2014.

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