Mohamed Hamidi, du tableau noir à l’écran blanc

Mohamed Hamidi ne perd jamais de vue une de ses grandes passions : la politique.
Photo: Métropole Mohamed Hamidi ne perd jamais de vue une de ses grandes passions : la politique.

Le parcours personnel et professionnel de Mohamed Hamidi pourrait faire l’objet d’un film, tant il est riche, varié, plein de détours et pourtant d’une grande cohérence. Mais en allant voir son premier long métrage de fiction, Né quelque part, qui sortira en salles la semaine prochaine, vous ne saurez pas tout. Certes, vous devinerez qu’il est fils d’immigrants algériens, parfaitement intégré à la société française. Comme son jeune héros, il s’est posé un tas de questions sur l’identité, la transmission, l’attachement à un pays d’origine pourtant inconnu et une fidélité à un autre pays, le sien, la France, qui lui renvoie parfois l’image de l’étranger.

 

Au bout du fil, Mohamed Hamidi répond à mes questions de manière posée et précise, sur le ton de l’enseignant sûr de lui, ce qu’il fut pendant près de 10 ans dans des quartiers dits « sensibles » de la banlieue parisienne. Ce diplômé en économie « qui a beaucoup lu Karl Marx » n’avait pas de grands désirs de cinéma, lorsqu’il était jeune, mais plutôt « des envies artistiques », passionné de musique, doué pour l’écriture et la mise en scène, s’associant avec l’acteur et humoriste Jamel Debbouze pour la conception de ses spectacles.

 

Au milieu de ce débordement d’activités, Mohamed Hamidi ne perd jamais de vue une de ses grandes passions : la politique. « Oui, c’est vrai, mais d’un point de vue pratique,souligne le cinéaste. Je me sens plus efficace dans l’action que dans la soi-disant réalité politique. Ce qui fait que j’ai fondé pas mal d’associations. » Il est d’ailleurs l’un des créateurs du Bondy Blog en 2005, un espace où de jeunes Parisiens issus de l’immigration décrivent leur quotidien agité, une référence incontournable pour qui veut connaître la vie réelle des banlieues doublée d’une pépinière de nouveaux talents en journalisme. Il compte d’ailleurs mettre sur pied une association de cinéma pour donner le goût aux jeunes de prendre à leur tour une caméra. « J’aime pas quand les portes sont fermées. Alors quand je peux les ouvrir, j’ai envie de les laisser ouvertes derrière moi. »

 

Dans Né quelque part, le cinéaste décrit surtout le voyage d’un étudiant en droit (Tewfik Jallab) forcé par son père de retourner en Algérie. Dans ce pays où il n’a jamais mis les pieds et dont il ne connaît pas la langue, il doit veiller sur la maison familiale menacée d’expropriation. Le périple sera périlleux (totalement différent de celui que le cinéaste fera avec son propre père en 2005), mais aussi ponctué d’éclats de rire, dont certains provoqués par un cousin resté au pays interprété par Jamel Debbouze.

 

Le rire comme une arme

 

Pour Mohamed Hamidi, ces moments cocasses sont autant de « bouffées d’oxygène ». « Le film parle de choses importantes, mais le rire l’est tout autant. En Algérie, les gens rient énormément, c’est un pays où il y a beaucoup d’humour. Les Algériens ont beaucoup de recul et d’autodérision sur leur situation et leur condition. Le rire devient alors une arme pour se défendre, parce que sinon, ça serait carrément invivable. »

 

Les ravages de la violence dans les années 1990 sont encore visibles en Algérie, et il n’y a toujours pas d’industrie du cinéma capable de recevoir des productions étrangères. Tout le contraire du Maroc, là où fut tourné Né quelque part. Ceux qui n’ont jamais visité cette partie du monde n’y verront que du feu. Ce qui ne console Mohamed Hamidi qu’à moitié. « Je n’ai pas été déçu de tourner au Maroc, mais j’ai été déçu de ne pas tourner en Algérie. J’aurais voulu filmer la maison de mon père, les lieux de son enfance, aller à la rencontre des gens. C’est d’ailleurs là que j’ai écrit le scénario. Au Maroc, ils ont des infrastructures, de bons techniciens, des sociétés de production, ce fut assez confortable. »

 

Mohamed Hamidi raconte tout cela avec la même assurance tranquille. Autodidacte habile et discipliné, il a abordé le cinéma de la même manière que son ancien boulot de professeur. « Quand j’ai commencé à enseigner à 22 ans, j’ai vite appris, et à mes dépens, qu’il fallait être sûr de soi même si on ne l’était pas du tout. Alors, tenir une classe de 40 élèves de la banlieue parisienne et tenir un plateau de tournage… »

 

 

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