Les mamans infidèles

Dans Adore, deux amies depuis toujours (Robin Wright, Naomi Watts) vivent une liaison avec le fils de l’autre.
Photo: Remstar Dans Adore, deux amies depuis toujours (Robin Wright, Naomi Watts) vivent une liaison avec le fils de l’autre.

Elle apparaît souvent comme l’experte des demi-teintes et des demi-mesures. Les films de la cinéaste française Anne Fontaine sont parfois légèrement rigolos (La fille de Monaco), parfois d’une perversité aseptisée (Nathalie). Même si Adore fut tourné en anglais le long des magnifiques côtes australiennes et avec des acteurs jusque-là étrangers à sa filmographie, on retrouve une fois encore cette retenue, et surtout cette vision quelque peu papier glacé de la sexualité.

 

Elle sait toutefois bien s’entourer, s’inspirant de l’univers de la romancière anglaise Doris Lessing (Two Grandmothers), ici remanié par un maître de la scénarisation, Christopher Hampton (Dangerous Liaisons, Atonement). Dans un cadre paradisiaque dont les personnages ont du mal à s’extirper - on les comprend ! -, deux amies depuis toujours admirent les exploits nautiques de leurs garçons, eux aussi alliés indéfectibles. Lil (Naomi Watts, à la fois légère et tragique) glisse à l’oreille de Roz (Robin Wright, d’une élégance irréprochable) à quel point son fils Ian (Xavier Samuel) et celui de sa copine, Tom (James Frecheville), ressemblent à des dieux grecs. Là encore, rien à redire…

 

Les choses se gâtent, ou plutôt se pimentent, lorsqu’Ian décide de ne plus masquer son attirance pour Roz, qui ne résiste que timidement. Tom, témoin involontaire de leurs premiers ébats, guidé par la vengeance ou par souci d’équilibre, ne met pas de temps à convaincre Lil de « dépasser les limites ». Lorsque leur liaison respective devient un secret de Polichinelle - après tout, Lil est veuve depuis des années et Roz ne tient pas à suivre son mari à Sydney pour son travail -, les deux femmes font le pari d’entretenir la flamme avec leur jeune amant. Elles n’ignorent pas non plus qu’elle s’éteindra assez vite, et pourtant…

 

Anne Fontaine possède un regard d’esthète, et dans Adore, elle ne semble jamais se lasser de tous ces paysages majestueux non plus que de ces corps à l’harmonie parfaite, les immortalisant avec l’admiration d’une touriste foudroyée par le syndrome de Stendhal. Cette posture jette une ombre sur les enjeux plus tragiques au sein de cet étrange quatuor. Prisonnière de ses ambitions visuelles, elle ne fait qu’effleurer leurs dilemmes moraux (pas si nombreux d’ailleurs, merci, Doris Lessing), préférant célébrer leur mode de vie opulent et indolent. Dans ce contexte, que le jeune Tom devienne metteur en scène de théâtre alors qu’il passe la moitié du film sur sa planche de surf a de quoi laisser perplexe. Cette pirouette parmi d’autres illustre, par l’absurde, les limites d’un film pris au piège de sa mécanique de séduction.

 

 

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