De charme et de bouette

Une scène de La Grande Boucle.
Photo: Métropole Une scène de La Grande Boucle.

On ne peut pas s’opposer à la vertu de ce film. La Grande Boucle vise en effet à redonner ses lettres de noblesse au cyclisme, entaché par la pratique du dopage, ainsi qu’à son épreuve ultime, j’ai nommé le Tour de France. Il fait même référence, de façon plutôt amusante - et juridiquement inattaquable - au cas de Lance Armstrong, dont le patronyme se retrouve ici exploité par un rappeur populaire auprès des adolescents, particulièrement auprès du fils (Bruno Lochet) du héros joué par l’excellent Clovis Cornillac.

 

À l’aube du Tour de France, ce papa fou de la pédale et fou de sa femme qui se fout de la pédale (Élodie Bouchez, revenante sous-exploitée) saute sur sa bécane et entreprend de faire le circuit en solitaire, 24 heures avant le passage des athlètes. Comme ça, pour surmonter l’épreuve d’avoir perdu famille et emploi l’espace d’un soir et déterrer un vieux rêve enfoui. Grâce au soutien inattendu d’une famille de maniaques du vélo et d’un entraîneur en disgrâce (Bouli Lanners), François (le prénom n’est pas innocent) va devenir une star médiatique, suivie avec autant d’assiduité que les athlètes dont il ouvre le chemin.

 

Laurent Tuel (Jean-Philippe) réussit à capter la frénésie de ce sport, à rendre hommage autant à ceux qui le pratiquent qu’à ses supporteurs. Le cinéaste grossit le trait sur toute la surface et surcharge la musique, mais son ballet d’archétypes ne manque ni de charme ni de saveur. L’humour aidant, toutes les invraisemblances deviennent lisses. Côté drame, La Grande Boucle tourne dans la bouette. Pas un garde-boue ne saurait nous protéger contre son intrigue sentimentale et familiale ringarde et artificielle, centrée sur la figure du père honni qui se refait aux yeux d’une épouse qui le douche de reproches et d’un fils qui a rompu la connexion. S’il nous mène avec ardeur, comme le Tour de France, jusqu’à l’Arc de triomphe, ce feel good movie nous conduit aussi, et c’est bien dommage, aux frontières de la nausée.

 

 

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