L’étoffe d’un bon film populaire

Du lien émotif tissé entre Pierre Durand et Jappeloup naîtra la fusion gagnante.
Photo: Séville Du lien émotif tissé entre Pierre Durand et Jappeloup naîtra la fusion gagnante.

Présenté en compétition au Festival des films du monde, Jappeloupa récolté d’abord un succès public en France : plus de 2 millions d’entrées. Là-bas, le champion cavalier au saut d’obstacles Pierre Durand et son cheval Jappeloup sont des icônes (surtout le cheval). Cette bio romancée de leur duo centaure, sur un scénario de Guillaume Canet, également acteur principal, est le premier film en français de Christian Duguay. Cette coproduction France-Québec hérite d’une remarquable distribution, non seulement avec Canet, mais aussi Marina Hands (sa femme), Daniel Auteuil (son père), Tchéky Karyo (entraîneur de l’équipe de France). Ajoutez Jacques Higelin, si humain comme acteur, en premier propriétaire du cheval et la toute jeune Lou de Laâge, fougueuse dans la peau de la palefrenière prenant soin de Jappeloup.

 

Production grand public avec les recettes du genre - action, rebondissements, montage serré, rythme et courses -, Duguay tire profit de son expérience hollywoodienne, mais possède un atout supplémentaire. Duguay et Canet ont été champions de sport équestre et connaissent l’univers qu’ils décrivent. Non seulement Canet a scénarisé le film, mais il effectue 98 % des cascades. Et pour une fois, le cheval (sept, en fait, pour incarner Jappeloup) n’est pas un objet à l’écran, mais un être vivant, sautant, vibrant, capté sous la caméra de Ronald Plante, vrai personnage à part entière. Les entraînements, les courses sont fort bien filmés et le scénario efficace, dans le registre populaire, à la Claude Berri.

 

L’histoire de Pierre Durand constitue en soi une success-story à l’américaine. Élevé dans l’écurie paternelle, abandonnant le saut en hauteur pour devenir syndic de faillite (dans le film pour le droit), puis revenant à ses anciennes amours, il aura connu après son alliance avec Jappeloup, des victoires, un échec retentissant (aux Jeux de Los Angeles), un triomphe éclatant (la médaille d’or aux Jeux olympiques de 1988). Durand était orgueilleux et en panne de confiance en lui. Ses mauvais côtés sont tous à l’écran. Quant à Jappeloup, animal génial et caractériel, on ne lui dore pas le portrait non plus. C’est du lien émotif tissé entre eux deux que naîtra la fusion gagnante.

 

Duguay réussit à ne pas ennuyer avec des courses répétitives, filmées avec grande rigueur, comme il parvient à créer des scènes d’émotion crédibles, parfois fortes. Daniel Auteuil est l’as de la navigation entre deux eaux, ici reculant pour mieux pousser son fils, jouant la note de la patience. Marina Hands, qui fut un amour de jeunesse de Canet, est exceptionnelle aussi en épouse qui soutient, qui craque, revient à la charge. Des épisodes du parcours de Canet (dont des archives de jeunesse) et de Duguay sont insérés au scénario, lui conférant des accents de vérité.

 

On reprochera au film une musique inutilement appuyée et deux ou trois effets spéciaux vraiment kitsch, telles les visions du père défunt dans des endroits insolites. Sinon, le film respire, avec un professionnalisme d’effets pour les scènes de compétition. Il est certain que le parcours équestre de ces champions touche le public français au premier chef, familier de toute l’histoire, mais les Québécois devraient apprécier Jappeloup pour ce qu’il est : un film grand public de qualité avec une connaissance du cheval, quasi inédite au grand écran.

  

 

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