Le cinéma, miroir engagé d’un monde inquiet de son sort

Piers Handling
Photo: La Presse canadienne (photo) Michelle Siu Piers Handling

Toronto — Au Bell Lightbox, à l’entrée du café, on attrape en passant Piers Handling, qui dirige le Festival international du film de Toronto, dit TIFF. Il a l’air relax, avoue : « Hier [mardi], c’était dur. Aujourd’hui, on est contents de vous voir arriver. » Le rendez-vous commence ce jeudi, roule jusqu’au 15 septembre.

 

On ne parle pas des stars. Il y en a trop. Piers Handling précise plutôt à quel point ce cru du festival (plus de 300 films) est traversé par des vagues, des thématiques. Miroir du monde, le cinéma. « Beaucoup d’oeuvres abordent la liberté. Liberté de s’exprimer, liberté par rapport à l’oppression. »

 

WiliLeaks ouvre le bal

 

En ouverture ce jeudi : The Fifth Estate de Bill Condon sur Julian Assange et son WikiLeaks, qui ont changé le paysage médiatique. « Mais la liberté est liée à la politique, et il s’agit d’un cru particulièrement engagé, sans doute parce que le monde est inquiet, pour le Moyen-Orient, pour la planète entière. Prenez Parkland de Peter Landesman [très remarqué au Festival de Venise], il revient sur l’assassinat de J. F Kennedy, un certain 22 novembre 1963 à Dallas. » Ajoutez Burning Bush de la grande Polonaise Agnieszka Holland, montrant les forces en présence lors du Printemps de Prague en 1969. Aussi Walesa. Man of Hope du maître polonais Andrzej Wajda, sur la vie du célèbre chef syndical Lech Walesa sous l’empire soviétique, avec force documents d’archives. « Cette année, les biographies filmées abondent », remarque le directeur du TIFF.

 

Piers Handling constate aussi à quel point le combat des Noirs opprimés occupe le devant de la scène. Un des films les plus attendus du festival : 12 Years of Slave du Britannique Steve McQueen (derrière Hunger et Shame), qui montre la réalité crue et nue de l’esclavage aux États-Unis en 1841. Le directeur évoque aussi Mandela :Long Walk to Freedom du Britannique Justin Chadwick, remontant la vie du héros sud-africain qui rêva et obtint la chute de l’apartheid.

 

Même un film comme Norte, the End of History, du Philippin Lav Diaz, allie les références littéraires à une critique de la société philippine, aux droits des étudiants aussi.

 

Des films comme All Is By My Side sur Jimi Hendrix de John Ridley, Gravity d’Alfonso Cuaron, The Invisible Woman de Ralph Fiennes, et bien sûr les géants de Cannes : La vie d’Adèle de Kechiche et Le passé de Farhadi font saliver le parterre.

 

Le Québec attendu

 

Les Québécois sont tellement présents au TIFF qu’on a tous hâte de se frotter à leurs films. Prisoners de Denis Villeneuve, après ovation au Festival de Telluride au Colorado, atterrit ici, de même que son film Enemy. Très applaudi à Venise, Tom à la ferme de Xavier Dolan débarque aussi tout chaud, comme les primeurs Triptyque de Robert Lepage et Pedro Pires, et Une jeune fille de Catherine Martin.

 

À voir aussi, le remake The Grand Seduction, signé Don McKellar. Et Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y.), qui aborde le drame du sida, tous sous le radar des festivaliers. Comme les films québécois déjà montrés à Cannes : Le démantèlement et Sarah préfère la course,puis Gabrielle de Louise Archambault, lancé à Locarno. Au fil des ans, nos films ont cessé d’être des oeuvres cataloguées québécoises, mais comptent de plus en plus comme des pièces maîtresses du Festival de Toronto. Signe de talent pur et simple.

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