Abus de procédures

Sur son parcours de scénariste, Steven Knight a fait quelques rencontres marquantes, par exemple Stephen Frears (Dirty Pretty Things) ou encore David Cronenberg (Eastern Promises). Closed Circuit, du cinéaste d’origine irlandaise John Crowley (Intermission), ne risque pas de figurer sur cette liste.

Knight avait, disons-le, une tâche ardue : nous faire saisir les subtilités du système judiciaire britannique tout en livrant un thriller politique sur fond de terrorisme international. Tourné dans les brumes londoniennes, et sans la machine hollywoodienne, Closed Circuit affiche un professionnalisme évident, tentant d’expliquer les enjeux sans trop en avoir l’air (une entrevue radiophonique par ici, un échange musclé entre juge et avocat par là), aménageant explosions, filatures et poursuites pour en donner (un peu) aux amateurs de sensations fortes.

Afin de rendre le tout encore plus comestible, le scénariste expose les relents d’une ancienne liaison orageuse entre deux avocats, Martin (Eric Bana) et Claudia (Rebecca Hall), forcés de défendre le seul responsable ayant survécu à une attaque terroriste dans un marché public de Londres, et tenus de ne jamais entrer en contact (ça fait partie des subtilités mentionnées plus haut). Lorsque le gouvernement insiste pour la tenue d’un procès en bonne partie à huis clos pour des questions de sécurité nationale, Martin, le plus zélé des deux, découvre que l’accusé, un immigrant d’origine turque, en aurait long à dire sur les services secrets de Sa Majesté ; la curiosité de l’avocat s’avérera dangereuse, pour lui et pour sa collègue.

Compétence, intelligence et raffinement : rien de tout cela ne manque dans Closed Circuit. Or, malgré toute la bonne volonté de John Crowley, son film est parfois plus près du cours de droit que de la course haletante, une froideur à l’image de la relation entre les deux justiciers malgré eux, la tension érotique et l’animosité apparaissant plus théoriques que physiques ou charnelles. Il s’amuse aussi à souligner à gros traits le caractère « orwellien » de la capitale anglaise (tapissée de milliers de caméras de surveillance), mais ces clins d’œil visuels ne constituent pas en soi une grande idée de mise en scène, celle-ci le plus souvent assujettie à des dialogues abondants. Malheureusement, l’adrénaline fait rarement partie des éléments de preuve qui feraient de Closed Circuit un thriller aussi édifiant qu’enlevant.



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