Dans le sens du succès

Qu’allait-il faire dans cette galère ? C’était la seule question à poser en apprenant que le cinéaste Morgan Spurlock (Super Size Me, The Greatest Movie Ever Sold) passerait trois mois avec le populaire groupe britannique One Direction pour les besoins d’un documentaire. La réponse s’intitule This Is Us, une plongée en eaux peu profondes dans l’univers de ce boy band fabriqué de toutes pièces. Les midinettes doivent d’ailleurs dire merci au juge Simon Cowell de l’émission X Factor, celui qui, en 2010, a réuni ces chanteurs recalés par ses collègues.

 

Quelque part entre le film-concert, la téléréalité et la réclame publicitaire, This Is Us célèbre cinq garçons dans le vent et à l’aube de la vingtaine, tous issus de la classe ouvrière anglaise ou irlandaise et capables aujourd’hui de payer des châteaux de banlieue à leur mère. C’est visiblement sous haute surveillance que Morgan Spurlock a pris la route avec Niall, Zayn, Liam, Harry et Louis, observant leurs pitreries mais aussi leur (relative) perplexité devant l’enthousiasme délirant de leurs admiratrices. Cette ferveur constitue une matière amusante pour le cinéaste, multipliant les inserts ironiques de fillettes en transe ou sur le point de réduire en miettes leurs cordes vocales.

 

This Is Us s’adresse strictement à elles, leur offrant l’illusion d’un accès privilégié à leur intimité (oubliez la mythologie sex, drug rock’n’roll), celle des chambres d’hôtel, des loges encombrées et des coulisses d’où l’on entend la clameur de la foule. Encore des ados sous bien des aspects, ils n’hésitent pas à jouer les gamins coquins et cabotins devant la caméra, se permettant même des vacheries à l’égard de leur matériel musical, ce qui les rend sympathiques aux yeux de ceux qui regardent de loin ce phénomène planétaire. Dans ce contexte promotionnel, les séquences de concerts sont bien sûr incontournables, les plus léchées et les plus longues captées dans l’imposant O2 Arena de Londres, les autres (à Mexico, New York ou Vérone) servant uniquement à décrire cette hystérie juvénile qui perdure depuis plus de deux ans.

 

Dans Super Size Me, Morgan s’offrait à la vue de tous pour exposer les impacts négatifs provoqués par la nourriture de l’empire McDonald’s. Dans This Is Us, il s’est bien gardé de se faire voir pour illustrer les effets sans doute délétères de la musique formatée de One Direction.


 

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