Ouverture du 37e FFM - Quand le père s'en va

Le président du FFM, Serge Losique, aux côtés de quelques membres de son jury: Michael Kutza, Pedro Olea, Caroline Dhavernas et caché en partie derrière sa chevelure, le cinéaste Jiri Menzel, qui préside le groupe.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le président du FFM, Serge Losique, aux côtés de quelques membres de son jury: Michael Kutza, Pedro Olea, Caroline Dhavernas et caché en partie derrière sa chevelure, le cinéaste Jiri Menzel, qui préside le groupe.

C’était un départ jeudi soir pour le 37e Festival des films du monde, en piste jusqu’au 2 septembre. Pas la frénésie. Un tapis rouge déroulé à l’intérieur de la Place des Arts, car dehors, la pluie tombait dru. Alors des dignitaires des institutions et de plusieurs ministères, étaient au poste, avec absence remarquée de celui de la Culture, le ministre Maka Kotto, parti au Festival d’Angoulême. Tous les candidats à la mairie de Montréal s’étaient pointés au cas où... Quelques vedettes garnissaient le parterre : Chloé Sainte-Marie, Jacques Languirand, Pascale Bussières, Mario Saint-Amand, etc., aussi des gens du milieu, plusieurs badauds.

Sans compter l’équipe du film et le jury, bien entendu présidé par le Tchèque Jiri Menzel. Sur scène, l’ancien premier ministre Bernard Landry vint présenter l’hommage au compositeur Michel Cusson, lançant : « La première valeur d’une nation n’est pas l’économie, mais la culture. » Le fondateur du FFM tenta quelques plaisanteries sur la Maison-Blanche et Obama, qui tombèrent à plat. Assez pour que le producteur Roger Frappier lui prédise une future carrière d’humoriste… Mais Cusson était émouvant et joua pour l’assemblée. Voilà, le FFM prend son envol. 432 films, bons, pas bons.

 

Il démarrait avec L’autre maison, premier long métrage de fiction de Mathieu Roy (derrière le documentaire Surviving Progress). Une ouverture fort honorable. Le cinéaste y aborde des questions essentielles : sur les liens des enfants avec leurs parents vieillissants, sur les miroirs renvoyés à chacun dans la débandade. À la projection matinale, L’autre maison fut très chaleureusement applaudi.

 

Le film est librement adapté de l’histoire familiale du cinéaste. Son père, le journaliste Michel Roy, disparu il y a deux ans, a souffert en fin de vie de la maladie d’Alzheimer. L’autre maison se veut un coup de chapeau du fils cadet à ce père de haute stature, alors diminué. « Il y a beaucoup de moi dans le film et dans les deux frères, explique Mathieu. L’apport de mon coscénariste Michael Ramsey m’a permis de gagner du recul quant à mon expérience. J’ai créé deux antihéros, chacun avec ses problèmes personnels. »

 

Le producteur Roger Frappier, à qui Mathieu avait d’abord soumis le projet d’un architecte globe-trotter sur plusieurs continents, lui avait suggéré prudemment de se coller à son vécu pour un premier long métrage. « Depuis Un zoo la nuit (de Jean-Claude Lauzon), beaucoup des films produits par Max Films abordent les relations père-fils », remarquait Frappier.

 

Deux visions filiales s’opposent à l’heure d’assurer la sécurité du père, de gérer ses défaillances. Absentes du film, la mère et la soeur de Mathieu. « J’ai privilégié une approche théâtrale, une sorte de huis clos », explique-t-il. À l’écran, le cadre principal est une maison au bord d’un lac. Éric (Émile Proulx-Cloutier) et sa copine Maïa (Florence Blain Mbaye) gardent le père Henri (Marcel Sabourin) en refusant le placement en institution. L’autre fils, sorte d’enfant prodigue chouchouté, Gabriel (Roy Dupuis), reporter de guerre par monts et vaux, cherche un centre d’accueil, à la colère d’Éric. Si certains épisodes (tel l’attentat en Afghanistan) sont liés au vrai frère de Mathieu, Patrice Roy, journaliste à Radio-Canada, la fiction est de la partie. « Mon film aborde les fuites intérieures des deux hommes qui prennent prétexte de la maladie du père pour échapper à leurs propres démons, l’un par le dévouement, l’autre en s’occupant l’esprit avec des crises plus vastes que les siennes. »

 

Le cinéaste déclare avoir privilégié une approche symbolique de la maladie. Dans la vraie vie, ce type de démence comporte des phases de colère et de dépression, ici absentes. « Mais le sujet du film n’est pas la maladie du père, que j’ai abordée avec une pudeur inconsciente, précise-t-il. Loin de moi l’idée de faire un documentaire sur la question. Tout est symbole. Une approche réaliste aurait donné un film beaucoup plus cru. »

 

L’autre maison a de grandes qualités : de magnifiques images de nature sous la caméra inspirée de Steve Asselin, jouant avec la lumière. On salue d’excellentes interprétations, celle de Marcel Sabourin au premier chef, humain et digne, esprit flottant dans sa sagesse parallèle. Le scénario manque de liant toutefois et les deux segments qui se font écho : la maison au bord du lac et l’ailleurs (Kenya, Afghanistan) du reporter, s’emboîtent tant bien que mal. Roy Dupuis, en reporter, hérite d’un rôle souvent monolithique, et ses liens avec sa compagne française (Julie Gayet) demeurent obscurs. Émile Proulx-Cloutier incarne avec brio un Éric complexe et vivant, mais son personnage est trop antipathique, jaloux maladif, colérique, pour se rendre attachant. Une découverte : Florence Blain Mbaye, juste et vibrante dans la peau de la petite amie musicienne d’Éric, qui apporte de la magie, de la musique, de l’exotisme (merveilleuse scène du spectacle à l’église) à une réalité pénible. Elle apporte de l’amour aussi, mais en temps de crise, l’amour peut frapper un mur.

 

Marcel Sabourin avoue ne s’être nullement documenté sur cette maladie, et n’avoir fréquenté aucune personne atteinte de ce type de démence. « Je ne voulais pas jouer un alzheimer, mais la vision de Mathieu sur le sujet, à travers les rapports qu’il a eus avec son père malade. » L’acteur affirme être depuis toujours lui-même un peu perdu, dépourvu de sens de l’orientation : d’où sa connivence avec son personnage (qui pourrait lui valoir un prix d’interprétation).

 

La scène superbe d’une chaloupe dans la brume aurait constitué une fin idéalement poétique, mais Mathieu explique avoir tenu à son épilogue de tous les après. Quoi qu’il en soit, L’autre maison,premier long métrage avec forces et faiblesses, offre de beaux moments de cinéma, fuit toute complaisance et trouve souvent son émotion, sans l’appuyer. C’est beaucoup.

1 commentaire
  • Michel Gélinas - Abonné 23 août 2013 11 h 49

    Sous-titres en français au FFM

    Montréal est une ville de langue française mais la majorité des films en langue étrangère présentés au FFM sont sous-titrés en anglais. Je suis étonné que le FFM ne fasse pas une priorité de s'assurer que tous les films soient sous-titrés en français. C'est essentiel pour bien saisir le message du film; dans un film, les mots sont importants, surtout parce qu'il s'agit d'art cinématographique.

    Il faudrait vraiment une campagne politique pour changer cette situation anormale. Montréal n'est pas NY. Je ne crois pas que M. Losique et Mme Cauchard voient l'importance d'imprimer le caractère francophone de Montréal dans les sous-titres.
    J'ai assisté, au Brésil par exemple, à des séances de cinéma et tous les films étaient sous-titrés en portugais, pourtant pas une langue aussi internationale que le français. Quand Mad. Tremblay en parlerez-vous fortement?
    P.S. Je parle au nom de d'autres personnes qui m'ont souligné leur frustration.