Gabrielle a conquis des milliers de spectateurs au Festival de Locarno

« Gabrielle Manon-Rivard a un don réel pour le chant et une luminosité naturelle », précise la cinéaste Louise Archambault.
Photo: Films Séville « Gabrielle Manon-Rivard a un don réel pour le chant et une luminosité naturelle », précise la cinéaste Louise Archambault.

Étrange parcours que celui des producteurs Kim McGraw et Luc Déry. Leurs films, parfois refusés au Festival de Cannes, font une grande carrière ailleurs. Derrière Incendies, Monsieur Lazhar (tous deux en nomination aux Oscar), Inch’Allah, on retrouve le duo d’enfer aux côtés de Gabrielle de Louise Archambault, projeté lundi soir sur la Piazza Grande au Festival de Locarno, en Suisse italienne, soulevant, de l’avis unanime, l’enthousiasme de la foule.

 

« Comme quoi tout ne finit pas à Cannes, dit Luc Déry. Lundi, devant la réaction des gens à Locarno, on s’est dit que c’était un film pour là-bas. Locarno est super important pour la carrière du film. » Quant aux distributeurs, ils avaient vu Gabrielle au Marché de Cannes. Le film est vendu sur plusieurs territoires (France, Belgique, Suisse, Corée du Sud, Allemagne, Taïwan, Hong Kong). « On met la table pour le Festival de Toronto, où le film sera présenté, poursuit le producteur. Les distributeurs importants sont là. »

 

Le Festival de Locarno a lancé au fil des ans plusieurs films de cinéastes québécois, comme Denis Côté, Philippe Falardeau, Bernard Émond.

 

Louise Archambault y avait présenté son premier long métrage, Familia,en 2005. Gabrielle aborde de son côté les désirs d’autonomie et l’histoire d’amour d’une jeune femme aux prises avec un handicap mental (Gabrielle Manon-Rivard) au sein d’une chorale pour handicapés, ce qui choque l’entourage paternaliste, enfargé dans ses craintes et ses préjugés.

 

Le film a été projeté sur la même Piazza Grande qui avait accueilli en 2011 Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau. « Pour Gabrielle, c’était un moment magique, déclare Louise Archambault. Il faisait beau et c’était couvert de monde. À la fin de la projection, il y eut une très longue ovation : 5000, 6000 ou 7000 personnes se levant pour saluer. J’en ai eu la chair de poule. Les caméras s’étaient rivées sur le visage de Gabrielle. On voyait son bonheur, celui de sa mère aussi. Les gens pleuraient, souriaient, certains lui demandaient des autographes. Le film dégage une intimité et les Méditerranéens sentaient qu’ils pouvaient nous dire ce qu’ils ressentaient. »

 

« Malgré un vrai sujet, un vrai propos, c’est un film à la fois émouvant et accessible, renchérit le producteur Luc Déry. On nous a dit qu’il s’agissait d’un des meilleurs accueils à la Piazza Grande depuis longtemps. » Kim McGraw assure que la réception fut plus chaleureuse encore que celle qui entoura là-bas la projection de Monsieur Lazhar.

 

« Gabrielle Manon-Rivard a un don réel pour le chant et une luminosité naturelle, précise Louise Archambault. Elle pourrait avoir d’autres rôles s’ils conviennent à sa personnalité. Elle possède une grande force créatrice. » La cinéaste avoue avoir travaillé fort, longtemps en amont avec Gabrielle Manon-Rivard, règle générale avec tous ses interprètes aux handicaps mentaux. « Ça ne me permettait pas de multiplier les plans larges. Pendant que certains regardaient la caméra, d’autres se curaient le nez. Je devais me concentrer, aller chercher leur vérité. »

 

Après Toronto, Gabrielle sortira dans nos salles le 20 septembre. « Sur 20, 25 ou 27 copies, précise Luc Déry, comme pour Monsieur Lazhar et Incendies. On veut laisser le temps au bouche à oreille de s’installer. »