Bisbille au manoir

Pascal Thomas a réalisé un film qui a pris des allures de règlement de comptes.
Photo: Séville Pascal Thomas a réalisé un film qui a pris des allures de règlement de comptes.

Associés contre le crime constitue le dernier film d’une trilogie adaptée de récits d’Agatha Christie mettant en scène le couple Beresford. Mais ce film du Français Pascal Thomas passera surtout à l’histoire comme une oeuvre polémique, genre règlement de comptes après vente, et pas des plus élégants.

 

Les deux premiers volets de ces polars fantaisistes, mélangeant tous les genres, fort populaires en France, dans lesquels le couple Beresford (Catherine Frot et André Dussolier) mène l’enquête façon Miss Marple, s’intitulaient Mon petit doigt m’a dit (2005) et Le crime est notre affaire (2008). Ils n’avaient jamais gagné les salles au Québec. Ce numéro 3, Associés contre le crime, a beaucoup moins séduit le public de l’Hexagone et Pascal Thomas en garde un goût amer.

 

Précisons que ce cinéaste, à la barre de comédies populaires au cours de la décennie 70, comme Les zozos et Confidences pour confidences, après des années de vagabondage, avait repris le collier en 1998 avec l’excellent La dilettante, qui donnait la vedette à Catherine Frot. Celle-ci avait été vraiment découverte à l’écran à travers Un air de famille de Klapisch, mais La dilettante la consacra vedette. Au cours de la controverse ayant entouré au début de 2013 les salaires des stars, jugés trop élevés en France, Pascal Thomas a vertement dénoncé les émoluments de Catherine Frot qui, à son avis, contribuèrent à étrangler son film.

 

Associés contre le crime remet donc en scène le couple Prudence et Bélisaire, en semi-retraite dans leur manoir de la Côte d’Azur. Mais comme un riche Russe est disparu, que Prudence (Frot) s’ennuie, ses pas la conduiront dans une clinique de chirurgie esthétique sur les traces d’un drôle de médecin pas très kasher. Bélisaire, d’origine écossaise, la suivra dans son enquête, retombera en enfance sous son kilt, etc.

 

« Quand on a entrepris le premier film, personne n’y croyait trop, déclare le cinéaste. Les gens disaient : “ Agatha Christie, c’est poussiéreux. Aujourd’hui, le polar, c’est du thriller. ” Mais on a fait des images somptueuses, mis la légèreté et l’humour au programme, et le public a aimé. Le deuxième a un peu moins marché. Cette fois, on s’est intéressés à l’intrigue policière, bien sûr, il y a même un oeuf aux pouvoirs magiques, mais le couple Prudence-Bélisaire se tient au coeur du film. »

 

Pascal Thomas a eu le feu vert des héritiers d’Agatha Christie pour transposer ses actions en France en ajoutant du loufoque à l’affaire. Le cinéaste dit adorer fouiner dans les marchés aux puces, les ventes aux enchères, pour trouver avec la décoratrice Katia Wyszkop des accessoires délirants, des costumes incongrus, clous de cette série de films.

 

Échec du dernier, donc.

 

« Catherine Frot nous a causé de tels soucis de financement, soupire Pascal Thomas. Son salaire [un million d’euros] nous empêchait d’avoir de beaux décors, des deuxièmes et troisièmes rôles solides. Je voulais faire le film sans elle, mais on avait créé une franchise. Elle n’incarne plus, elle tourbillonne, cabotine, perd son humanité [etc.]. Remarquez, il y eut des bons moments de drôlerie durant le tournage. On soigne les répliques. Et les héros ont quelque chose de plus grand que nature, alors même que les acteurs évitent de surjouer. Ça se joue dans la nuance. Mais c’est le dernier film de cette série. » Fini !

 

Quand on rencontre Catherine Frot, elle s’avoue consternée par l’attitude du cinéaste - les ponts sont bel et bien coupés -, estime que le scénario n’était pas assez solide, malgré quelques bons flashs, trouve ses propos honteux et disgracieux, ajoutant que son salaire n’a pas augmenté par rapport aux films précédents. En France, ils se sont publiquement crêpé le chignon, par magazines interposés.

 

Bref, le torchon brûle, et le film sort ici avec sur sa pellicule une petite odeur de brûlé.

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