Pas de quoi paranoïer

Deux documentaristes qui préparent un film sur un hurluberlu qui voit des complots partout découvrent avec horreur que l’illuminé en question a non seulement toute sa tête, mais a de surcroît parfaitement raison. Le monde, réalisent-ils, est en effet gouverné par une poignée de puissants qui se rencontrent périodiquement dans un club privé. Il s’en trouvait encore pour l’ignorer ?

 

En 1999, les apprentis cinéastes du faux documentaire Le projet Blair Witch (v.f. de The Blair Witch Project) s’aventurèrent dans une forêt supposément hantée par une sorcière. Ils la trouvèrent, pour leur plus grand malheur. De la même manière, les deux protagonistes de The Conspiracy (en version originale seulement) se rendent aux confins d’Internet à la recherche d’une prétendue société secrète. Et la trouvent, pour leur plus grand malheur.

 

Produit avec un budget modeste, le film démarre plutôt bien grâce à un montage efficace qui juxtapose énonciation de théories conspirationnistes et extraits d’archives (discours de John F. Kennedy, points de presse de George Bush père et plus tard de Gordon Brown, etc.) semblant valider celles-ci. Quels sont les funestes desseins des marionnettistes de l’ombre qu’essaient de débusquer les compères documentaristes ? Ils se résument à trois mots : nouvel ordre mondial.

 

Dommage que la seconde partie de ce suspense mâtiné d’horreur s’avère aussi prévisible et que les personnages adoptent des comportements de plus en plus stupides. Comme mettre leur vie entre les mains d’un parfait inconnu dans un contexte où une saine paranoïa devrait prévaloir.

 

Modèles supérieurs

 

The Conspiracy multiplie les hommages aux films Le Dieu d’osier (v.f. de The Wicker Man, de Robin Hardy) et Les yeux grands fermés (v.f. de Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick), mais peine à se distinguer de ses modèles. Sorti chez nous directement en DVD, La liste noire (v.f. de Kill List), un long métrage suprêmement inquiétant du surdoué Britannique Ben Wheatley (Down Terrace, Touristes), propose un récit fort similaire à celui du Canadien Christopher MacBride.

 

Là où le premier opte pour l’ambiguïté, le second privilégie l’évidence. C’est la différence entre une oeuvre qui hante la mémoire et un film qu’on oublie sitôt vu.

 

 

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