Le dernier arrêt

Toronto fut récemment le théâtre d’une bavure policière avec la mort violente d’un adolescent à bord d’un tramway. Qui était ce garçon et qu’avait-il fait, pensé et espéré 24 heures avant de rendre son dernier souffle ?

 

Fruitvale Station s’inspire d’un cas tristement similaire survenu le 1er janvier 2009 dans une station de métro à Oakland, près de San Francisco. Oscar Grant, 22 ans, a succombé à ses blessures le même jour, blessures infligées par un policier lors d’une intervention musclée devenue le symbole du racisme institutionnalisé. Pour son premier long métrage de fiction, Ryan Coogler reconstitue la dernière journée de ce jeune Afro-Américain (Michael B. Jordan, crédible) qui n’avait rien d’une brute, mais qui n’était pas non plus un saint.

 

Issu du quartier dont son héros est originaire, le cinéastele ratisse dans tous les sens, illustrant le parcours erratique d’un homme cherchant un but dans la vie, lui qui ne manquait pourtant pas de responsabilités. Père d’une adorable petite fille et conjoint pas très fidèle d’une femme d’origine latino (Melonie Diaz), Grant a déjà fait de la prison, est surveillé de près par sa mère (Octavia Spencer, lumineuse à chaque apparition), une femme forte mais aussi d’une tendresse infinie.

 

Sa visite impromptue dans son ancien milieu de travail (un supermarché d’où il fut viré, ne craignant pas de menacer le patron pour être réembauché), son petit trafic de drogues, ses multiples appels et textos effectués le plus souvent en voiture, tout cela donne sur ce personnage un éclairage subtil, parfois ombrageux. Il ignore bien sûr son destin tragique, une information livrée dès le début du film avec des images réelles de la tragédie captée par des passants indignés.

 

Il y a bien ici et là quelques signes annonciateurs, dont la mort d’un chien près d’une station-service, triste incident où Grant affiche une grande compassion, seul à lui porter secours. Ses pérégrinations sont parfois interrompues par des retours en arrière qui éclairent moins des aspects précis de son existence chaotique que sa personnalité contradictoire ; une discussion sans complaisance avec sa mère alors qu’il est derrière les barreaux constitue d’ailleurs l’un des temps forts du récit, et sans que l’on sache précisément les motifs de son emprisonnement.

 

D’une autre génération, Ryan Coogler semble en rupture avec le radicalisme contestataire d’un Spike Lee (Do the Right Thing) ou d’un John Singleton (Boyz n the Hood), s’intéressant à une figure que certains voudraient assimiler à un martyr. En le présentant sous différents angles et avec simplicité (parfois fils à maman, parfois Don Juan de pacotille, parfois mauvais garçon), il évite toute forme de lyrisme. Il faut toutefois reconnaître que si le portrait brille par son authenticité, il ne s’avère pas toujours enlevant, et pas seulement parce que l’on connaît l’issue finale. Il y manque parfois cette fougue qui ferait d’Oscar Grant un vrai personnage de cinéma et dont le drame deviendrait un peu le nôtre à chaque instant. Ce n’est pas toujours le cas dans cette chronique d’une mort annoncée.

 


 

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