De l’importance de ne pas perdre le nord, façon Marc-André Lavoie

Le réalisateur Marc-André Lavoie livre avec fierté son troisième long métrage, Hot Dog.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le réalisateur Marc-André Lavoie livre avec fierté son troisième long métrage, Hot Dog.

Aller à la rencontre du réalisateur Marc-André Lavoie (aucun lien de parenté avec votre humble serviteur, si ce n’est un ancêtre commun du temps de la Nouvelle-France), c’est discuter autant de cinéma que de psychologie, de destinées que de santé. Dans son discours parfois décousu, toujours enjoué, le réalisateur de Bluff (cosigné avec Simon-Olivier Fecteau) et de Y’en aura pas de facile ne cache pas sa fierté de livrer, envers et contre tous, un troisième long métrage de fiction, Hot Dog, en salle dès vendredi prochain un peu partout au Québec.

 

Ses films sont souvent des gageures, ou plutôt des pieds de nez aux standards financiers voulant qu’un film ne puisse voir le jour sans un minimum garanti et tous les filets de sécurité que procurent les subventions. Une fois encore, Marc-André Lavoie s’est fait un point d’honneur de se lancer tête première dans l’aventure sans l’aval des institutions, même si en fin de parcours elles ont contribué à la mise en boîte de Hot Dog.

 

Cette comédie mettant en vedette Paul Doucet, Rémy Girard, Pierre-François Legendre et de nouveaux venus au grand écran, soit l’humoriste Daniel Lemire et l’animateur Éric Salvail, fut bouclée au coût de 1,9 million de dollars, un sommet pour cet habitué de la simplicité volontaire et de la débrouillardise. « Ce qui est important dans la vie, c’est de monter, pas descendre », me dit sur un ton amusé le réalisateur, qui affiche une confiance absolue en son nouveau-né.

 

Ses personnages, par contre, touchent le fond dans cette aventure ponctuée de mensonges, de confusions et de trahisons, l’associé d’une compagnie concoctant des saucisses décidant de déposer une de ses dents dans la marchandise pour emmerder ses collègues, l’équivalent du battement d’ailes d’un papillon capable de provoquer une tempête. Tout part d’un fait divers bien réel, mais le reste provient de l’imagination débridée de Marc-André Lavoie, précisant que « Hot Dog, c’est crédible jusqu’à la fin… même si c’est arrangé avec le gars des vues » !

 

« Tous mes personnages vivent un véritable drame ; c’est nous qui rions, pas eux, souligne le cinéaste. Je les veux attachants, jamais méchants, ou très peu. Au final, j’aime tourner les choses en dérision, au cinéma comme dans la vie. » Cette philosophie débonnaire puise sans doute une partie de ses racines dans un épisode moins rigolo de la vie de Marc-André Lavoie, lui qui a survécu à un cancer des ganglions alors qu’il avait 21 ans, une guérison totale et définitive qui mystifie encore ses médecins. « C’est pour cette raison qu’il faut faire des choses qui nous ressemblent… et vivre avec les conséquences. Parce que j’ai l’impression de vivre, tout simplement, et pas seulement en tant que cinéaste. »

 

Or le cinéaste doit vivre aussi avec son époque et les contraintes d’un milieu qui soutient (ou pas) ses films. Est-il imperméable à la « crise » du cinéma québécois, et surtout à ses recettes aux guichets faméliques ? « Avec Hot Dog, je ne viens pas sauver le box-office, dit-il avec fermeté. Mes films existent souvent sans financement public, ou alors très peu, comme celui-ci, et en postproduction seulement. Même si c’est le plus gros budget de mes trois films, ça reste modeste, et je ne voulais pas faire exploser la baraque. De toute façon, tourner un film, peu importe les moyens, c’est toujours une affaire de choix. Un réalisateur doit suivre un scénario, être ouvert aux propositions, mais ne jamais perdre le nord. »

 

 

Collaborateur