Un tapis rouge le soir pour Un zoo la nuit

L’acteur Germain Houde, qui interprétait Charlie dans Un zoo la nuit, s’entretenait sur le tapis rouge avec les producteurs Roger Frappier et Pierre Gendron.
Photo: François Pesant - Le Devoir L’acteur Germain Houde, qui interprétait Charlie dans Un zoo la nuit, s’entretenait sur le tapis rouge avec les producteurs Roger Frappier et Pierre Gendron.

Une première particulière a eu lieu mercredi au Cinéma Impérial à Montréal : Un zoo la nuit, film coup de poing au temps de sa sortie en 1987, a été présenté dans une version fraîchement restaurée. Pour plusieurs cinéphiles, ce fut l’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’oeuvre du cinéaste Jean-Claude Lauzon - qui n’en réalisa qu’une seule autre, Léolo -, avec sa coloration et son format d’image d’origine.

 

Présentée conjointement par Fantasia et Éléphant : mémoire du cinéma québécois, un organisme voué exclusivement à la restauration et à la numérisation en haute définition du patrimoine cinématographique québécois, la soirée visait également à souligner les 50 ans de la Cinémathèque québécoise et son « travail de conservation inestimable ».

 

Au cours d’une cérémonie tenue avant la projection, l’équipe d’Éléphant a remis à Jean Gagnon, directeur des collections de la Cinémathèque, des photos personnelles de Jean-Claude Lauzon offertes par Gaston Lepage et André Petrowski, amis proches du défunt cinéaste. Un scénario de Léolo annoté par Jean-Claude Lauzon lui-même, donné celui-là par Caroline Trudel, viendra aussi enrichir les collections de la Cinémathèque. Initiateur du projet Éléphant, dont il a financé la création en 2008 par le biais de Québecor, l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau a rappelé l’importance de la Cinémathèque, ainsi que celle de l’oeuvre de Jean-Claude Lauzon.

 

Les producteurs d’Un zoo la nuit, Roger Frappier et Pierre Gendron, étaient présents, tout comme l’acteur Germain Houde. À tour de rôle, les trois hommes se sont souvenus, émus, et ont partagé plusieurs anecdotes avec les 500spectateurs venus remplir l’Impérial. Brillant, bouillant, Jean-Claude Lauzon a marqué de manière indélébile le paysage cinématographique.

 

Présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1987, Un zoo la nuit relate les retrouvailles frustes puis émouvantes d’un ex- détenu et de son père. Alors que la vie de ce dernier tire à sa fin, celle du premier est menacée par son passé de trafiquant de drogue. Tour à tour violent et tendre, le film a cumulé près de 225 000 entrées en salles au Québec. Un zoo la nuit a par la suite remporté pas moins de 13prix Génie, un record.

 

En 1992 est paru un second long métrage, Léolo. Lyrique et triste, cette oeuvre d’une beauté singulière fut présentée en compétition à Cannes.

 

Confidences de cinéastes

 

Réalisateur et directeur de projets chez Éléphant, Claude Fournier a écrit sur son blogue : « Jean-Claude Lauzon me plaisait beaucoup, bien que je le connus peu ; il était beau, arrogant, en apparence très sûr de lui, il affectionnait motos, voitures et avions - tout ce qui décollait vite -, il avait choisi de ne pas avoir le style de vie misérabiliste qu’affectionnent certains cinéastes québécois, très talentueux néanmoins ; non, Lauzon allait vivre de cinéma et bien en vivre, dut-il pour cela devenir le réalisateur chouchou des agences de pub.

 

Lauzon, je l’ai surtout connu par téléphone. Les deux dernières années de sa vie, nous nous téléphonâmes assez régulièrement, des conversations qui tournaient autour du métier et des voitures et parfois aussi parce que Jean-Claude se sentait mal accepté par une partie de la confrérie des réalisateurs. Là-dessus, je le suivais bien, ayant toujours été moi-même frappé par cet ostracisme souterrain. J’ai appris plus tard qu’il se confiait aussi assez souvent à Denys Arcand. »

 

Avant d’avoir pu réaliser un troisième film, Jean-Claude Lauzon périt dans un accident d’avion en août 1997. Dans le Dictionnaire du cinéma québécois publié sous la direction de Michel Lacombe et de Marcel Jean, on parle d’un « metteur en scène d’une envergure rare ».

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