Almodóvar dans le rétro

Les amants passagers, dont l’action se situe dans un avion dans le ciel de l’Espagne, est une comédie bigarrée, truffée de blagues salaces et hautement divertissante à regarder.
Photo: Métropole Films Les amants passagers, dont l’action se situe dans un avion dans le ciel de l’Espagne, est une comédie bigarrée, truffée de blagues salaces et hautement divertissante à regarder.

Pedro Almodóvar n’avait pas réalisé d’aussi franche comédie depuis Attache-moi, en 1990. C’était, à mon avis, son plus mauvais film en carrière. Les amants passagers se compare avantageusement à lui, désavantageusement à Femmes au bord de la crise de nerfs, son sommet dans le genre, qui a 25 ans cette année.

Pour bien vous situer, c’est dans cette direction qu’il faut regarder, et pas dans les labyrinthes plus sombres de ses récents opus tels Étreintes brisées et La peau que j’habite. Rupture de ton ou simple récréation ? Le temps nous le dira. Constatons simplement que la spontanéité et la désinvolture, si caractéristiques du cinéma de ses débuts, possèdent dans cette comédie baguettes en l’air quelque chose de calculé et de domestiqué qui en diminue un peu l’impact.

 

Le cinéaste nous transporte à bord d’un avion dont le personnel de bord, en classe Affaires, est au bord de la crise de nerfs. Le chef de cabine (Javier Camara, toujours excellent), amant du pilote bisexuel, ne sait pas tenir sa langue, si bien qu’en peu de temps les passagers sous leur protection apprennent ce qu’ils auraient préféré ignorer : le train d’atterrissage défectueux de l’appareil réclame un atterrissage d’urgence, si possible en Espagne, alors que l’avion en partance de Madrid se dirigeait vers Mexico. En attendant l’issue, du calme por favor. À la rescousse : tequila, champagne, somnifères (toute la classe Économie dort paisiblement) et capsules de mescaline extraites du colon d’un nouveau marié. Le cocktail, par son effet désinhibant, va déclencher un bal de révélations et de confidences scandaleuses.

 

Sous le couvert de la comédie, Almodóvar médite sur son pays en mauvaise posture sociale, économique, politique. L’avion, si tout va bien, se posera à l’aéroport désert de La Mancha, dernier éléphant blanc de l’économie espagnole, ouvert en PPP en 2008, liquidé judiciairement en 2010. Tous les passagers de la classe Affaires, où se concentre l’action de cette telenovella grand luxe décorée avec un soin méticuleux, sont emblématiques d’une Espagne nauséabonde : membres du crime organisé, financier en fuite, dominatrix maître chanteur, tueur à gages, etc. Les trois stewards semblant sortir d’une version gaie de Mary Poppins ainsi qu’une voyante vierge et innocente assise en classe Affaires par un étrange concours de circonstances fournissent perspective et lignes de fuite à ce tableau bigarré, truffé de blagues salaces, hautement divertissant à regarder.

 

Mineur, cet Almodóvar dix-neuvième du nom ? Sans aucun doute possible. Mais fidèle, en esprit, au jeune cinéaste qu’il a été et que, au-delà des chefs-d’oeuvre venus ensuite (Tout sur ma mère, Parle avec elle, Volver), on n’a jamais cessé d’aimer.

 

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