La banlieue, théâtre tragique

Skunk traverse son quotidien agité avec les yeux émerveillés d’une fillette et la sagesse d’une vieille âme.
Photo: Film Movement Skunk traverse son quotidien agité avec les yeux émerveillés d’une fillette et la sagesse d’une vieille âme.

Au bout de cette rue, un cul-de-sac ceinturé par trois maisons identiques. La métaphore ne peut pas être plus limpide dans le premier long métrage de fiction du Britannique Rufus Norris, Broken, d’après un roman de Daniel Clay.

Il nous faut peu de temps pour découvrir le destin tragique des trois familles qui habitent dans cette lointaine banlieue de Londres, vivant leur existence en parallèle, sauf en de rares occasions, le plus souvent désagréables. Au milieu de ce marasme ordinaire émerge la figure de la jeune Skunk (Eloise Laurence, une révélation), dont la vivacité d’esprit et la franchise détonnent dans cet environnement terne. Fille d’un avocat calme et dévoué, Archie (Tim Roth), réminiscence avouée de la figure rassurante incarnée par Gregory Peck dans To Kill a Mockingbird, Skunk est parfois témoin, parfois victime, de la bêtise des gens de son âge, et tout autant des adultes.

 

Cette diabétique dont la condition est une constante source de soucis semble entourée de gens à l’esprit désordonné ou confus, malveillants ou malhabiles. La palme revient à Bob (Rory Kinnear), un veuf habitant à deux pas de chez elle, toujours en colère contre ses filles ou leur voisin simple d’esprit, croyant (à tort) qu’il a abusé de l’une d’elles. Elle est aussi témoin de l’indécision amoureuse de Mike (Cillian Murphy), son professeur, qui fréquente sa « nanny », faisant aussi office de mère. Même son propre éveil à la sexualité ne sera pas simple, connaissant assez vite la trahison et le mensonge. Dans une cour à ferraille, sur le chemin de l’école ou dans le confort douillet de sa chambre, Skunk traverse son quotidien agité avec les yeux émerveillés d’une fillette et la sagesse d’une vieille âme.

 

Les drames ne manquent pas au bout de cette rue sans issue, vision explicite de l’avenir en apparence bloqué de tous ces personnages, dont plusieurs connaîtront un triste sort, contraste saisissant avec le calme relatif des lieux. C’est d’ailleurs cette concentration de tourments spectaculaires, et même sanglants, qui pose problème. Dans un style réaliste sous une lumière rarement crue (l’été semble en accord avec la grisaille britannique) et un montage fluide qui superpose les points de vue (les événements sont parfois décrits à deux reprises et sous deux angles différents), ce récit d’apprentissage, aussi sincère soit-il, croule sous les épisodes mélodramatiques, enchaînés parfois à la vitesse de l’éclair.

 

De ce premier effort d’un metteur en scène estimé de la scène londonienne (son adaptation théâtrale du film de Thomas Vinterberg, Festen, a connu un immense succès), il faut souligner son assurance à diriger des acteurs de tous les âges et de tous les horizons, souvent fort émouvants, et quelques audaces esthétiques. Moins une réussite qu’un film chargé de belles promesses.

  


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