Le camp de vacances au cinéma

Christina Ricci en Mercredi Addams incendiaire dans Les valeurs de la famille Addams.
Photo: Paramount Pictures Christina Ricci en Mercredi Addams incendiaire dans Les valeurs de la famille Addams.

Le camp de vacances relève d’un paradoxe intéressant. D’une part, il s’agit d’un univers fermé, éloigné du monde. D’autre part, ses activités se déroulent essentiellement à ciel ouvert. Libérés du carcan parental de jour comme de nuit, les enfants flirtent avec l’indépendance dans un cadre propice au déroulement d’expériences formatrices. Au cinéma, ces tribulations souscrivent à deux tendances : celle de la découverte et celle du danger. En effet, sauf exception, le campeur rentrera chez lui soit transformé, soit les pieds devant, selon le genre de film auquel on aura assisté.


Dans la désignation « camp de vacances », il y a le mot « vacances », lequel mot évoque une période de légèreté et d’insouciance. L’école est finie et les parents sont loin. Parfois, ces derniers pensent s’être débarrassés de leur progéniture pour l’été. C’est sans compter la roublardise de leurs rejetons, comme nous l’enseignent certains films.


Dans La fiancée de papa (David Swift, 1961), par exemple, les adultes ne paient rien pour attendre. Séparées au berceau après un divorce acrimonieux, les jumelles de ce classique de Disney (Hayley Mills au carré) se vengent de leurs père et mère en changeant de place l’une avec l’autre. Tiré du roman Deux pour une, d’Erich Kästner, le film a été refait plusieurs fois pour la télévision, puis pour le cinéma, en 1998, sous le titre L’attrape parents, avec une toute jeune Lindsay Lohan. Il s’agit d’un récit guilleret, on l’aura compris.


À l’inverse, l’ambiance est initialement funeste dans Princes en exil, un drame psychologique canadien signé Giles Walker. Envoyé pour l’été dans un camp pour enfants cancéreux, le protagoniste adolescent n’en mène pas large. De nouveaux amis et une jolie jeune fille plus tard, voilà que l’espoir renaît. Le principal objectif du jeune homme qui n’entend pas céder à la mort tout de suite ? Perdre sa virginité !

 

En sang ou en goguette


Qui dit camp de vacances dit également moniteur. Archétype inhérent au lieu au même titre que la nourriture de cantine douteuse et les cabines empestant l’urine, le moniteur se révèle volontiers une figure sympathique. Plus âgé que les jeunes qu’il supervise, mais moins que les parents de ceux-ci, il inspire la confiance autant qu’il suscite les confidences à force de bonne volonté et de sollicitude.


De la comédie à l’horreur


Malheureux comme les pierres à son arrivée au camp, le jeune héros de Meatballs (Ivan Reitman, 1979) en fait l’expérience au contact d’un moniteur excentrique (Bill Murray) qui le prend sous son aile. Au contraire, les taciturnes Mercredi et Pugsley sont l’exception qui confirme la règle alors qu’ils vivent un véritable cauchemar aux mains de moniteurs férocement enjoués dans Les valeurs de la famille Addams (Barry Sonnenfeld, 1993). Qu’à cela ne tienne, ces (trop) joyeux lurons goûteront à la médecine léthale - et désopilante - des Addams.


Pour le compte, le métier de moniteur de colonie de vacances constitue sans conteste l’occupation saisonnière la plus hasardeuse qui soit, les films d’horreur sont là pour en témoigner. Réunis à la veille de la réouverture du Camp Crystal Lake, les moniteurs de Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980) sont traqués et trucidés avec un sadisme consommé. Idem pour ceux des bien nommés Carnage (Tony Maylam, 1981) et Massacre au camp d’été (Robert Hiltzik, 1983), entre autres exemples.


Certains connaissent un sort plus enviable, il est vrai. Étrangers à toute notion de rectitude politique, les moniteurs de Wet Hot American Summer (David Wain, 2001) ne pensent qu’à la fête et à la fesse sans être inquiétés. Plus responsable, celui de Petites chéries (Ronald F. Maxwell, 1980) repousse les avances d’une adolescente un peu trop pâmée.


Passionné par la nature, le propriétaire et chef de camp dans L’été indien (Mike Binder, 1993) a tellement marqué ses jeunes charges que celles-ci décident de reprendre sa colonie de vacances lorsque sonne l’heure de la retraite. En cela, ces adultes venus revivre un moment béni de leur jeunesse illustrent à merveille l’adage voulant que l’enfant arrivé au camp récalcitrant ne veuille généralement plus en repartir.

 

Les vacances de monsieur Miller


Cinéaste estimé, Claude Miller s’est par deux fois intéressé à la société en vase clos que constitue le camp de vacances, d’abord en épousant un point de vue d’adulte, puis d’enfant. Conte d’été sorti en 1976, La meilleure façon de marcher détaille par le menu la relation malsaine, et très ambiguë, qui se développe entre deux moniteurs de tempéraments opposés. Conte d’hiver paru en 1998, La classe de neige révèle graduellement le terrible secret qui hante un gamin parti skier avec son école. Dans les deux cas, le contexte du camp agit comme un agent révélateur.

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1894

Le YMCA de Montréal ouvre le premier camp de vacances au Québec.


200 000

Nombre de jeunes de 3 à 17 ans fréquentant un camp de vacances chaque année, selon l’Association des camps certifiés du Québec.


300 000

Nombre d’enfants inscrits à un camp de jour l’été.


78

Nombre de camps qui offrent un programme d’accessibilité financière permettant d’aider les parents moins nantis.


96

Nombre de camps certifiés sur le territoire québecois.


61%

Pourcentage de jeunes qui ont adopté une attitude positive à l’égard de l’activité physique après avoir été dans un camp de vacances, selon une étude pancanadienne (The Canadian Summer Camp Research Project, Université de Waterloo, 2012).


1966

L’auteur-compositeur français Pierre Perret connaît le succès avec Les jolies colonies de vacances.



 

Un peu d’histoire


En 1894, le YMCA de Montréal ouvre le premier camp de vacances au Québec, le camp Jubilee, sur une île du lac Saint-Joseph, près de Sainte-Agathe. Sa popularité en fait le Camp Kanawana en 1910, un camp alors destiné aux jeunes garçons anglophones. Les garçons francophones ont droit aussi à leur colonie de vacances, Les Grèves de Contrecoeur, en 1912. Cinq ans plus tard, les filles vont commencer à s’inscrire au camp Oolahwan du YWCA (anglophone) puis, en 1926, à la Colonie Sainte-Jeanne d’Arc (francophone). Comme ailleurs en Amérique du Nord, le mouvement des camps de vacances prend son réel envol après la Seconde Guerre mondiale.


 

Source : Association des camps certifiés du Québec.

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