La chanson des vieux amants

Le scénario d’Unfinished Song est approximatif, prévisible et bourré de clichés. Les protagonistes sont deux septuagénaires mariés depuis des lunes, lui grincheux, elle pétulante, lui en pleine forme mais campé dans son isolement, elle mourante mais toujours aussi curieuse des gens. Elle est membre d’une chorale locale. Il désapprouve, comme de bien entendu.

Puis les événements forcent le misanthrope à intégrer les rangs de ladite chorale, dont le livret a de quoi étonner (rock, rap, hip-hop, etc.). Évidemment, un concours se profile à l’horizon. Évidemment encore, ce sera l’occasion pour le protagoniste de sortir de sa coquille. Ajoutez à cela une relation père-fils tendue… Avec pareil ramassis de lieux communs, le film ne devrait pas fonctionner. Pourquoi alors, au mitan, se surprend-on à renifler en cherchant un mouchoir ?


Parce qu’il se trouve que le couple en question est interprété par Terence Stamp et Vanessa Redgrave, icônes jadis du Swinging London, forts chacun d’un legs cinématographique immense. Comment diable se fait-il que la vedette de Téorème n’ait jamais joué avec celle de Blow-Up ? Unfinished Song ne compte certes pas parmi les meilleurs films de leurs illustres filmographies, mais Stamp et Redgrave y livrent néanmoins des interprétations du tout premier ordre.


Pas besoin de dialogue explicatif : un regard et l’ébauche d’un geste suffisent aux deux acteurs pour suggérer une complicité de longue date. Lors de leurs solos respectifs (bien sûr qu’ils ont chacun un solo !), les paroles des chansons retenues par l’un et l’autre époux expriment une compréhension mutuelle et un amour ancien, indéfectible. Quand Vanessa Redgrave chante True Colors de Cindy Lauper en faussant allègrement, on devrait rouler des yeux. On essaie plutôt de les sécher, en vain. Plus tard, lorsque Terence Stamp entonne Lullaby (Goodnight My Angel) de Billy Joel, on a depuis longtemps renoncé à se prévaloir de son droit au cynisme.


Unfinished Song s’inscrit dans la lignée de ces longs métrages anglais charmants qui n’ont d’autre prétention que de mettre en valeur le talent de vieux pros de la scène et de l’écran en s’attardant davantage à l’affect qu’à l’intellect. C’est de bonne guerre, d’autant que les vieux pros en question ont encore beaucoup, beaucoup à offrir, à commencer par de sérieuses bouffées d’émotion.
 

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