Les nouveaux pirates

Une galerie de personnages tous aussi humains les uns que les autres compose le film A Hijacking.
Photo: Magnolia Pictures Une galerie de personnages tous aussi humains les uns que les autres compose le film A Hijacking.

La mondialisation apporte sans cesse son lot de mauvaises surprises. En effet, qui aurait cru que les pirates reprendraient du service ? Ils sont de plus en plus nombreux à sillonner les mers, causant bien des cauchemars aux armateurs et aux marins.


Ce sujet spectaculaire, propice aux explosions de violence, est abordé de façon radicalement différente par le cinéaste danois Tobias Lindholm, également connu comme un scénariste fort doué (La chasse, de Thomas Vintenberg, et quelques épisodes de la série télévisée Borgen). C’est d’ailleurs cette intelligence qui frappe devant A Hijacking, l’illustration patiente, minutieuse, jamais racoleuse, d’une prise d’otages en haute mer. Ses répercussions s’avèrent nombreuses et dramatiques sur ce cargo danois filant vers Mumbai, avec à son bord Mikkel (Pilou Asbaek, candide et fragile), un cuisinier attentionné rêvant de retrouver sa famille.


Son rêve deviendra brutalement inaccessible lorsque des pirates somaliens (l’assaut est relégué au hors-champ, première ellipse fort habile) prendront le contrôle du navire. À Copenhague, Peter (Soren Mallling, glacial), le président de la compagnie, évolue avec aisance dans les bureaux aseptisés de la compagnie (dont il ne sortira jamais, reclus dans sa propre galère…), mais son assurance sera mise à rude épreuve. La rançon exigée, soit 15 millions de dollars américains, le pousse à mener lui-même les pourparlers avec les ravisseurs, dialogue de sourds qui va durer plus d’une centaine de jours…


Pourquoi tant d’intransigeance de sa part ? L’homme est reconnu comme un habile négociateur, mais sa poigne de fer va prolonger indûment le calvaire de Mikkel et de ses camarades. Or le temps va s’écouler sur ce navire dans un climat de désespoir tranquille, la monotonie entraînant même une certaine camaraderie entre bourreaux et victimes, ce qui ne manque pas d’ironie.


Tel un bateau qui tangue à un rythme régulier, le récit oscille entre les pièces trop étroites du cargo assiégé et les espaces vitrés d’une entreprise prospère mais aux abois. Ce contraste est accentué par l’opposition constante entre la bonhomie relative du cuisinier et la froideur de son patron, lui dont le vernis de puissance finit par craquer sous les demandes exagérées de ses interlocuteurs, les pleurs des familles des victimes et l’impatience des actionnaires.


Aucun sauveur improbable sorti d’une fantaisie hollywoodienne n’émerge de A Hijacking. Il s’agit plutôt d’une galerie de personnages humains, très humains, tous empêtrés dans une situation impossible et à l’issue incertaine jusqu’au tout dernier instant. Les pirates ont changé, leurs victimes aussi.


 

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