Vie de château à la canadienne

Si vous avez toujours cru être issu d’une famille dysfonctionnelle, c’est que vous ne connaissez pas les Cohen. Ce petit clan canadien d’origine juive pourrait donner des complexes aux Osborne, voire aux Simpson, tant leurs névroses, nombreuses, sont étalées au grand jour. C’est d’ailleurs le fils prodigue (à temps partiel) qui tient la caméra dans ce documentaire et il nous invite à connaître son univers familial gravitant autour d’un club de danseuses nues à Guelph, Ontario…


Shawney Cohen a littéralement grandi à l’ombre des petites corniches de ce lieu nommé The Manor, propriété de son père Roger, un obèse de 400 livres sur le point de subir une chirurgie gastrique. Aux côtés de son épouse Brenda, il ressemble à un ogre, elle qui souffre d’anorexie et semble littéralement disparaître au fur et à mesure que le film progresse. Son frère Sammy semble s’amuser à jouer au « big boss » parmi les danseuses, n’hésitant pas à s’éprendre de l’une d’entre elles, brisant ainsi une règle stricte établie par son père.


Tout ce beau monde vit dans une maison aux dimensions disproportionnées, à l’image de leurs carences affectives, dont le rapport névrotique à la nourriture n’est certes pas la moindre. Qu’est-ce que Shawney Cohen cherche à faire en observant cette galère ? Visiblement, ce technicien en effets spéciaux et aspirant cinéaste tente une improbable réconciliation. Gérer à temps partiel un bar de danseuses annexé à un motel recevant sa large part d’éclopés (la gérante de cette section, elle-même une ancienne danseuse, a bien du mal à cacher ses dépendances), ce n’est pas tout à fait le boulot de ses rêves, perçu comme une source d’embarras devant les autres et une constante source de conflits avec les autres membres de sa famille.


Cet entourage ne manque pas de personnages colorés, à commencer par Roger, figure caricaturale digne d’un film de gangsters de Martin Scorsese, prêt à exploser comme dans une comédie des Monty Python, si gourmand qu’il n’arrive pas à voir son épouse fondant à vue d’oeil. Il sait toutefois se faire protecteur, tout particulièrement auprès d’un ex-toxicomane qu’il considère comme son propre fils, ce qui n’est pas sans créer quelques tensions.


Rien n’est donc jamais simple dans ce manoir du mauvais goût et des rêves brisés, le tout dévoilé avec une franchise désarmante par son protagoniste le plus lucide, et le plus ouvertement malheureux. Autour de lui, le déni se porte à merveille. The Manor offre ainsi une foule de moments intimes où dire une chose et son contraire s’apparente à du grand art. Parions que plusieurs familles risquent de se reconnaître.


 

Collaborateur


À voir en vidéo