Cinéma - Brouillon divertissant

Avec son maquillage, ses plumes de corbeau sur la tête, ses yeux brillants comme des diamants noirs, son énergie et son grain de folie, on ne voit que Johnny Depp dans The Lone Ranger.
Photo: Buena Vista Avec son maquillage, ses plumes de corbeau sur la tête, ses yeux brillants comme des diamants noirs, son énergie et son grain de folie, on ne voit que Johnny Depp dans The Lone Ranger.

Il est intéressant de voir comment tous ces Lone Ranger nés dans une série radio, poursuivis à la télé, au cinéma et en bandes dessinées, ont pu évoluer en 32 ans. La base demeure identique : un ancien Ranger en butte à des bandits est laissé pour mort alors que son frère succombe. Sauvé par Tonto, un Indien comanche, il deviendra un justicier masqué. Mais l’univers du western est passé par différents avatars, à la sauce spaghetti ou pas. Les figures du cow-boy et de l’Indien se sont transformées. Or, voici Tonto devenu le vrai héros de l’affaire. Johnny Depp, la grande star du duo, campe le preux Comanche protecteur de son peuple et sage devin, tandis que le garde-chasse se voit interprété par Armie Hammer. Le portrait d’Indien fait pâlir le visage déjà pâle de son partenaire.


Gore Verbinski est un as pour créer de spectaculaires scènes d’action. Ses Pirates des Caraïbes avec Johnny Depp en proue, vieux complice, n’ont jamais déçu les admirateurs du genre, tant le cinéaste est à la fois perfectionniste et rigolo. Il mise gros ici. The Lone Ranger a coûté plus de 215 millions. En fait, la production a arrêté de compter à ce nombre.


Depp passe avec brio de pirate à Indien. Avec son maquillage, ses plumes de corbeau sur la tête, ses yeux brillants comme des diamants noirs, son énergie et son grain de folie, on ne voit que lui. Un peu aussi Helena Bonham Carter en patronne de bordel à la jambe d’ivoire et des robes à froufrous et William Fichtner en féroce Butch Cavendish. Mais Armie Hammer en Lone Ranger masqué (un Zorro fade) perd de sa légende au détour et les autres acteurs, dont Tom Wilkinson, s’enfoncent dans la grisaille.


On sait gré au film d’être bel et bien tourné aux États-Unis dans ses spectaculaires paysages de l’Arizona, de l’Utah, du Colorado, de la Californie, du Nouveau-Mexique, etc. à Moab, à Monument Valley, merveilles de l’Ouest, ici mises en valeur mieux qu’aux belles heures des films de John Ford. Ça devrait se dérouler au Texas ; pas trop grave !


Sauf que le scénario n’en finit plus de rebondir avec des coupes sauvages qui nous perdent en chemin. Ce film dure 2 h 22 et on les voit passer. Verbinski a misé sur l’humour et son film est parodique de tout, non seulement des westerns classiques à la Stagecoach, mais d’Il était une fois dans l’Ouest de Leone et d’un tas d’autres films de genres divers : du Pont de la rivière Kwai au Mécano de la générale, en passant par Furyo, Il danse avec les loups, des Kurosawa et autres Coen et Tarantino. Toute l’histoire du cinéma est appelée au renfort depuis L’arrivée du train en gare de la Ciotat. Ça fait beaucoup. Il y a trop de citations, trop de cascades, trop de rebondissements. Mais pour la mise en scène, les décors, les costumes, chapeau ! Des acrobaties sur train éblouissent avant la surcharge. Tonto nous entraîne dans le monde des esprits et l’Ouest mythique vibre comme une légende délicieusement caramélisée.


The Lone Ranger est divisé en deux parties et en deux rythmes. La première, plus lente, collée aux personnages et aux paysages semble presque réaliste à côté du dernier volet filant à bride abattue, au milieu des trains et des bandits à pourfendre. Il y a au moins une demi-heure de trop et le montage, au départ trépidant, devient carrément échevelé. Ce divertissement constitue une sorte de prouesse technologique, en musique aussi, tout en offrant bien chaud un nouveau bonbon d’interprétation à Johnny Depp. Mais avec sa longueur et le brouillon de son histoire, il peut tout aussi bien ramasser la petite monnaie au guichet des écrans du monde.

 

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