Cinéma - Déplorable pour nous

« Meilleur est le méchant, meilleur est le film », disait souvent Alfred Hitchcock. Alors, imaginez un instant des salauds prêts à se convertir à l’amour universel et aux valeurs familiales : l’ennui nous guette immédiatement.


C’est ce qui se produit devant Despicable Me 2, un film dont le titre inspire les meilleurs jeux de mots ; mais l’ensemble de la proposition s’avère tout aussi stimulante pour exciter notre imagination malveillante. Évidemment, la perspective de retrouver les Minions, ces petites bêtes jaunes et besogneuses à la voix de crécelle, peut provoquer un certain enthousiasme, surtout chez les jeunes spectateurs qui ont fait du premier film un immense succès en 2010.


Pierre Coffin et Chris Renaud (The Lorax) revisitent cet univers dominé par Gru (voix de Steve Carell), cet hideux maître du crime ayant rêvé jadis de dérober la Lune, maintenant converti au capitalisme (les mauvaises langues diront qu’il n’a pas changé…) avec sa fabrique de confitures au goût infect. Devenu le père responsable de trois orphelines, il n’a guère le temps de foutre le trouble.


Les choses vont changer lorsqu’une agence anti-vilains le contacte pour partir à la chasse d’un être démoniaque voulant dominer le monde, et qui pourrait se cacher dans un centre commercial près de chez Gru. Pour le seconder dans cette tâche, il fait équipe avec une espionne, Lucy (voix de Kristen Wiig), qui pourrait s’avérer aussi bonne pour materner que pour sauver la planète. Mais le duo aura fort à faire, entre les élans du coeur des trois fillettes, les impertinences des Minions et les manigances d’El Macho (voix de Benjamin Bratt), un propriétaire de restaurant mexicain aux méthodes très épicées.


Tout cela est d’une fadeur affligeante, à commencer par l’émasculation de Gru, un esprit démoniaque maintenant trempé dans la guimauve par les scénaristes Ken Daurio et Cinco Paul, visiblement désespérés de relancer cette machine trop vite désuète. Que dire d’ailleurs de ce récit désarticulé, allant dans tous les sens pour en donner à un peu tout le monde, aux petits comme aux grands, sombrant dans une mièvrerie sans nom ? Même les Minions finissent par irriter les spectateurs les plus indulgents, et égratignent au passage les tympans les plus coriaces.


Le phénomène bien mercantile de la suite n’est pas unilatéralement condamnable, mais il faut parfois reconnaître qu’un filon a vite épuisé ses ressources, aspect à ne pas confondre avec les recettes qu’il peut générer… Que ce film soit deux fois plus désagréable que son prédécesseur, cela ne fait aucun doute. Quant à la méchanceté, inspirée et inspirante, même nos lunettes 3D n’arrivent pas à la percevoir. Tout cela n’est pas détestable, mais déplorable.


 

Collaborateur

À voir en vidéo