Karlovy Vary: une compétition solide, faite de très belles surprises

Une scène d'A place in Heaven, de l’Israélien Joseph Madmony.
Photo: Une scène d'A place in Heaven, de l’Israélien Joseph Madmony.

Déclenché en douceur sous une météo peu clémente, le Festival international du film de Karlovy Vary (FIFKV), campé dans l’une des stations de villégiature les plus prisées d’Europe, s’est réchauffé en début de semaine, avec un mercure dépassant enfin les vingt degrés. T-shirts et culottes courtes sont réapparus sur les touristes déambulant le long de la Tepla (rivière à eau chaude) avec une gaufrette (Oblaten, spécialité locale) dans une main, dans l’autre, une tasse de porcelaine (nommée Carlsbad) remplie d’eau de source versée à partir des nombreux robinets qu’on retrouve dans la ville.


Parlant de source, revenons à la programmation. Les festivals de Cannes, Berlin et Venise ayant le premier droit de regard sur les films en prévision de leur compétition officielle, il est généralement admis que la source en films de qualité non encore déflorés est moins généreuse pour les autres événements d’arrière-ban (on pense aussi à Locarno et San Sebastian).


D’où ma surprise de constater que la compétition officielle du FIFKV, composée de quatorze longs métrages, a réservé jusqu’ici de très belles surprises, à commencer par le plus fort du lot: A place in Heaven, de l’Israélien Joseph Madmony (Restauration). Le cinéaste parle de la foi et de la fatalité à travers une fable captivante déclenchée par un pacte faustien. En 1973, un militaire athée accepte de céder sa place au ciel avec un jeune rabbin cuisinier en échange d’un plat d’œufs brouillés servi tous les matins durant un mois. Le pacte sera le premier d’une longue série pour le général qui, sur une période de 30 ans, va connaître de grandes joies et de grandes peines, sa vie étant le miroir d’un pays déchiré par une guerre de territoire et de religion que son fils tant souhaité va contribuer à nourrir.


La mise en scène au scalpel et la photographie calibrée au pixel près forgent un climat prégnant, tendu, tel un débat d’idées muet où s’opposeraient la mélancolie du doute et le pari de Pascal.


S’il n’atteint pas la même hauteur, Viva la liberta, satire politique de l’Italien Roberto Ando, reste un beau spécimen de cinéma du milieu, capable de rallier la critique et le public. Un morne et inhibé candidat de la gauche à l’élection présidentielle est remplacé par son jumeau philosophe et extroverti citant Bertolt Brecht dans le texte, qui fait grimper les intentions de vote. Le grand Tony Servillo, qui jouait Giulio Andreotti dans Il Divo, campe les deux personnages, l’un avec profondeur, l’un en surface, à l’inverse de leur pensée, celle du premier étant superficielle, celle du second, fertile en maximes songées rappelant les enseignements de Mister Chance.


September, de la Grecque Penny Panayotopoulos, compte aussi parmi les belles surprises de ce FIFKV décidément béni. Désemparée par la mort de son chien, seul compagnon de ses jours, une trentenaire célibataire et solitaire impose son amitié à une voisine, mère de deux enfants, dans le jardin de qui elle a enterré l’animal. Ce qui débute comme une relation d’aide innocente prend une tournure plus dramatique, sans toutefois que le film bascule dans l’insolite ou le thriller. Il s’agit d’un portrait de femmes emblématique de la solitude urbaine, emblématique peut-être aussi de la Grèce du chacun-pour-soi au bord de l’implosion, à laquelle le climat à fleur de peau rend justice. Pour sa composition fascinante de solitaire ordinaire, l’excellente Kora Karvouni, dans le rôle principal, mériterait le prix d’interprétation. Sera-ce l’avis du jury présidé par Agnieszka Holland? Réponse samedi.


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